Archive pour 7 mai, 2007

Poèmes célèbres

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L’Amour et la Folie

 Tout est mystère dans l’Amour,
Ses flèches, son carquois, son flambeau, son enfance :
Ce n’est pas l’ouvrage d’un jour
Que d’épuiser cette science.
Je ne prétends donc point tout expliquer ici :
Mon but est seulement de dire, à ma manière,
Comment l’aveugle que voici
(C’est un dieu), comment, dis-je, il perdit la lumière ;
Quelle suite eut ce mal, qui peut-être est un bien
J’en fais juge un amant, et ne décide rien.
La Folie et l’Amour jouaient un jour ensemble :
Celui-ci n’était pas encor privé des yeux.
Une dispute vint : l’Amour veut qu’on assemble
Là-dessus le conseil des Dieux ;
L’autre n’eut pas la patience;
Elle lui donne un coup si furieux,
Qu’il en perd la clarté des cieux.
Vénus en demande vengeance.
Femme et mère, il suffit pour juger de ses cris :
Les Dieux en furent étourdis,
Et Jupiter, et Némésis,
Et les Juges d’Enfer, enfin toute la bande.
Elle représenta l’énormité du cas ;
Son fils, sans un bâton, ne pouvait faire un pas :
Nulle peine n’était pour ce crime assez grande :
Le dommage devait être aussi réparé.
Quand on eut bien considéré
L’intérêt du public, celui de la partie,
Le résultat enfin de la suprême cour
Fut de condamner la Folie
A servir de guide à l’Amour.

Jean de La Fontaine

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Mon rêve familier

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.
Car elle me comprend, et mon coeur transparent
Pour elle seule, hélas! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou rousse? Je l’ignore.
Son nom? Je me souviens qu’il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

Paul Verlaine

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L’amoureuse

Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s’engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.
Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s’évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.

Paul Éluard

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Le tendre et dangereux visage de l’amour

Le tendre et dangereux visage de l’amour
m’est apparu un soir après un trop long jour
C’était peut-être un archer
avec son arc
ou bien un musicien
avec sa harpe
Je ne sais plus
Je ne sais rien
Tout ce que je sais
c’est qu’il m’a blessée
peut-être avec une flèche
peut-être avec une chanson
Tout ce que je sais
c’est qu’il m’a blessée
blessée au coeur et pour toujours
Brûlante trop brûlante blessure de l’amour.

Jacques Prévert

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Le baiser

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Une encre entre les doigts.

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Quand on ne sait plus comment dire
Ce qui pourtant reste à se dire
Ces mots secrets qui n’existent pas
Ceux qu’on sent fort et ne trouve pas

Quand on voudrait tout abandonner
Tant le présent est lourd à porter
Un bruit se fait alors musique
A peindre le spleen romantique

Le jour se prend un air salace
Une masure devient palace
Pour fuir l’inconsistance du temps
On peut se faire’ bateleur absent

Des mots fous se font la peinture
Des heures’ passées en miniature
A être l’ombre de son désir
Soleil brûlant atroce martyr

On se croît capable d’un oubli
A construire un présent facétie
Et la farce devient un drame
Parfumé d’effluves de femme

On n’oublie rien du désir d’amour
Qui demande son temps de retour
Des mots caresses et sentiments
Dans le silence chaud des amants

Quand les mots sont vides de leur sens
Le coeur pompe à vide à contre sens
Un sang d’amour devenu trop froid
Pour qu’une encre coule entre les doigts

Ces mots secrets qui n’existent pas
Ceux qu’on sent fort et ne trouve pas.

Jean-Marc BUTTIN

Cela te va si bien

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Le bleu te va si bien, nue sous ton paréo,
Assorti à tes yeux, un tableau de Gréco,
On y trouve le ciel, l’océan et ses vagues
Et ces pierres saphir que tu portes en tes bagues.

Le blond te va si bien, ses mèches sur ton front
S’ébrouent à chaque fois lorsque je t’ébouriffe
Puis tu rigoles alors avec ce bel aplomb
Et tu secoues la tête en ce sceau de ta griffe.

L’accent te va si bien, cette région du nord,
Et j’aime à te narguer t’appelant ma picarde,
Il est drôle et traînant, comme gravé dans l’or,
Tu le portes en éclats qui fait que je te garde.

La rose te va bien et tu la garderas,
Qu’un jour en ton grenier, au milieu d’un vieux livre,
Tous tes petits enfants, ouvrant le cadenas
Sauront qu’un soupirant t’avait faite un peu ivre.

15 Août 2003
Charly LELLOUCHE

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