Archive pour août, 2007

Poème dédié à celui que j’aide.

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Je veux t’aider
je veux te sauver
te voir sourire
t’entendre rire

Je veux te rendre heureux
arrêter de te voir avec un air de boeuf
parce que t’es malheureux
pis que tu sais pus ce que ça veut dire joyeux

Je veux que tu arrêtes de penser
parce que ça te déchires à l’intérieur
que tu arrêtes de la voir quand t’es entrain de rêver
parce qu’après tu te meurs

Je veux que tu réalises comment t’es important
comment à mes yeux tu es grand
je veux que tu vois qu’on tient à toi
autant les autres que moi

Je veux que tu me dises la vérité
tout ce qui te passes par la tête
il faut que t’arrêtes de jouer
si tu veux qu’on t’aide

J’ai peur que tu sois trop déchiré
que tu sois écoeuré par la vie
par celle qui pour toi a du mépris
pis toutes les portes qu’elle t’a claqué au nez

Laisse-moi t’aider
Laisse-moi te sauver
pour à nouveau te voir sourire
pour à nouveau t’entendre rire

 

Isabelle BEAUDOIN

Les solitudes.

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FIGURES À NOS YEUX

Figures à nos yeux
Figures surgies
À peine

Et qui ne quittez pas encore l’ombre
Quel désir vous attire
À percer l’ombre

Et quelle ombre vous retire
Évanescentes à nos yeuxFigures balancées
Aux confins du visible et qui surgissez

En un jeu de vous voiler et dévoiler
Vous venez mourir ici sur le bord
d’un sourire imaginaire

Et nous envelopper dans la chaleur de votre gravité
Balancement entre l’apparence et l’adieu
Vous nous quittez et vos yeux n’auront pas regardé

Mais nous serons tombés dedans comme dans la nuit. 

I

ON N’AVAIT PAS FINI

 On n’avait pas fini de ne plus se comprendre
On avançait toujours à se perde de vue
On n’avait pas fini de se trouver des plaies

On n’avait pas fini de ne plus se rejoindre
Le désir retombait sur nous comme du feu

Notre ombre invisible est continue
Et ne nous quitte pas pour tomber derrière nous
sur le chemin

On la porte pendue aux épaules
Elle est obstinée à notre poursuite
Et dévore à mesure que nous avançons
La lumière de notre présence

On n’arrive guère à s’en débarrasser
En se retournant tout à coup on la retrouve
à la même place

On n’arrive pas à la secouer de soi
Et quand elle est presque sous nous alentour de midi
Elle fait encore sous nos pieds

Un trou menaçant dans la lumière.

I I

On s’est tous réunis dans le milieu du temps
On a tout réuni dans le milieu de l’espace
Bien moins loin du paradis que d’habitude

On s’est tous réunis pour une grande fête
Et l’on a demandé à Dieu le Père et Jésus-Christ
Et au Saint-Esprit qui est la Troisième Personne

On leur a demandé d’ouvrir un peu le Paradis
De se pencher et de regarder
Voir s’ils reconnaissaient un peu le monde

Si cela ressemblait un peu à l’idée qu’ils en ont
Si ce n’était pas bien admirable ce qu’ils en ont fait

Ceux qui sont venus avec une âme du bon Dieu
Avec des yeux du bon Dieu
Pour faire un bouquet pur avec le monde

I I I

La terre était dans l’ombre et mangeait ses péchés
On était à s’aimer comme des bêtes féroces
La chair hurlait partout comme une damnée

Et des coups contre nous et des coups entre nous
Résonnaient dans la surdité du temps qui s’épaissit

Voilà qu’ils sont venus avec leur âme du bon Dieu
Voilà qu’ils sont venus avec le matin de leurs yeux
Leurs yeux pour nous se sont ouverts comme une aurore

Voilà que leur amour a toute lavé notre chair
Ils ont fait de toute la terre un jardin pré
Un pré de fleurs pour la visite de la lumière

De fleurs pour la présence de tout le ciel dessus

Ils ont bu toute la terre comme une onde
Ils ont mangé toute la terre avec leurs yeux

Ils ont retrouvé toutes les voix que les gens ont perdues
Ils ont recueilli tous les mots qu’on avait foutus

IV

  Le temps marche à nos talons
Dans l’ombre qu’on fait sur le chemin
Tous ceux-là, le temps et l’ombre sont venus

Ils ont égrené notre vie à nos talons
Et voilà que les hommes s’en vont en s’effritant
Les pas de leur passage sont perdus sans retour

Les plus belles présences ont été mangées
Les plus purs éclats furent effacés
Et l’on croit entendre les pas du soir derrière soi

Qui s’avance pour nous ravir toutes nos compagnies
Qui vient effacer en cercle tout le monde
Vient dépeupler la terre à nos regards

Nous refouler au haut d’un rocher comme le déluge
Nous déposséder de tout l’univers
Et nous prendre au piège d’une solitude définitive

Mais voilà que sont venus ceux qu’on attendait
Voilà qu’ils sont venus avec leur âme du bon Dieu
Leurs yeux du bon Dieu

Qu’ils sont venus avec les filets de leurs mains
Le piège merveilleux de leurs yeux pour filets
Ils sont venus par derrière le temps et l’ombre

Aux trousses de l’ombre et du temps
Ils ont tout ramassé ce qu’on avait laissé tomber.

I V

On n’a pas lieu de se consoler quand la nuit vient
De se tranquilliser d’être soulagé
De regarder avec un sourire autour de soi

Et parce qu’on ne voit plus l’ombre de se croire libéré

C’est seulement qu’on ne la voit plus
Sa présence n’est plus éclairée
Parce qu’elle a donné la main à toutes les ombres

Nous ne sommes plus qu’une petite lumière enfermée
Qu’une petite présence intérieure dans l’absence
universelle

Et l’appel de nos yeux ne trouve point d’écho
Dans le silence de l’ombre déserte

On passe en voyage au soleil
On est un passage vêtu de lumière

Avec notre ombre à nos trousses comme un cheval
Qui mange à mesure notre mort

Avec notre ombre à nos trousses comme une absence
Qui boit à mesure notre lumière

Avec notre ombre à nos trousses comme une fosse
Un trou dans la lumière sur la route

Qui avale notre passage comme l’oubli. 

Recueils de Saint-Denys Garneau

Les solitudes .

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ON DIRAIT QUE SA VOIX

On dirait que sa voix est fêlée
Déjà ?
Il rejoint parfois l’éclat du rire
Mais quand il est fatigué
Le son n’emplit pas la forme
C’est comme une voix dans une chaudière
Cela s’arrête au milieu
Comme s’il ravalait le bout déjà dehors
Cela casse et ne s’étend pas dans l’air
Cela s’arrête et c’est comme si ça n’aurait pas dû commencer
C’est comme si rien n’était vrai
Moi qui croyais que tout est vrai à ce moment
Déjà ?
Alors, qu’est-ce qui lui prend de vivre
Et pourquoi ne s’être pas en allé ?   

 LEUR COEUR EST AILLEURS

Leur coeur est ailleurs
Au ciel peut-être
Elles errent ici en attendant
Mon coeur est parmi d’autres astres parti
Loin d’ici
Et sillonne la nuit d’un cri que je n’entends pas
Quel drame peut-être se joue au loin d’ici?
Je n’en veux rien savoir
Je préfère être un jeune mort étendu
Je préfère avoir tout perdu.
Pour chapeau le firmament
Pour monture la terre
Il s’agit maintenant
De savoir quel voyage nous allons faire

MES PAUPIÈRES EN SE LEVANT

Mes paupières en se levant ont laissé vides mes yeux
Laissé mes yeux ouverts dans une grande solitude
Et les serviteurs de mes yeux ne sont pas allés
Mes regards ne sont pas allés comme des glaneuses
Par le monde alentour
Faire des gerbes lourdes de choses
Ils ne rapportent rien pour peupler mes yeux déserts
Et c’est comme exactement s’ils étaient demeurés en dedans
Et que la porte fût restée fermée. 

UNE SORTE DE REPOS

Une sorte de repos
à regarder un ciel passant
Tout ce qui pèse fut relégué
Le désespoir pas de bruit dort sous la pluie.

La Poésie est une Déesse
dont nous avons entendu parler

Son corps trop pur pour notre coeur
Dort tout dressé
Par bonheur c’est de l’autre côté

Nous n’entreprendrons pas maintenant
De lui voler des bijoux
qu’elle n’a pas étant nue. 

saint-denys Garneau(1949)

Les solitudes.

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SILENCE

Toutes paroles me deviennent intérieures
Et ma bouche se ferme comme un coffre qui contient des trésors
Et ne prononce plus ces paroles dans le temps,
des paroles en passage,
Mais se ferme et garde comme un trésor, ses paroles
Hors l’atteinte du temps salissant, du temps passager.
Ses paroles qui ne sont pas du temps
Mais qui représentent le temps dans l’éternel,
Des manières de représentants
Ailleurs de ce qui passe ici,
Des manières de symboles
Des manières d’évidences de l’éternité qui passe ici.

Des choses uniques, incommensurables,
Qui passent ici parmi nous mortels,
Pour jamais plus jamais,
Et ma bouche est fermée comme un coffre
Sur les choses que mon âme garde intimes,
Qu’elle garde
Incommunicables
Et possède ailleurs

MUSIQUE

Musique pour moi ce soir lointaine
Dévoilée au loin tu transportes là-bas mon âme
Chanson des collines rythmes que la distance réunit en ces faisceaux
Bouquet du paysage horizontal.
Est-ce que les enfants n’entendent pas cela tout le jour
Et les anges,
Ces paysages réunis dans une seule lumière

Tu me parles paroles inouïes
Bouleversements de tout le coeur,
Bercements jusqu’à l’infini des espoirs commencés,
Des amours esquissés à peine enveloppés d’un geste
Et qu’un désir à peine a fleuris dans mes yeux

Et les départs à peine pour de lointaines contrées
Sourires dans l’inconnu

Ou larmes vous si cherchées
Larmes à boire liqueur enivrante du coeur
Qui coulez en dedans
Jusqu’au trop plein de ce coeur qui s’écoule
Adorable mine.

Et ces fureurs…

Que je t’accueille amie
Tu feras divine la torture
Et cet amour mort comme un pays
Épanoui qui se déroule au soleil immobile
D’un jour que les heures n’ont pas mangé
Tu rendras sang à ces souvenirs
Déjà qui s’estompent
Ou qui restent dans la chambre au fond

De ce coeur toujours désaffecté
Où passèrent tant de roses sans fleurir
Et fleurs sans coeur au sein de la corolle
Et corolles trop fanées déjà
Qui êtes tombées au milieu même de ces bercements
Prodigués par l’air du soir à votre soif
Et de ce désaltèrement de la matinale fraîcheur

Te voilà mienne en mes mains, ces âmes méritantes de mon corps,
Mienne éternelle en passage
Par ces mains-ci, par ces quêteuses de tendresse
Et que rien n’a comblées
Nécessitées à des plénitudes absolues
Mains qui ne sont pas heureuses.

Ces tristes voyez-vous, ces vides
Voulantes assoiffées mains désirantes
À qui je dis ce soir de se taire et que ce ne seront
pas elles
Ces mains de chair pâles
qui posséderont.

Tu transformes ce désir perdu
Éparpillé poussière à tous les vents de la journée
En celui de saisir et posséder ici ma vie
Ma vie inaccessible et mon âme trop lointaine

De les posséder enfin des fleurs… 

LASSITUDE

Je ne suis plus de ceux qui donnent
Mais de ceux-là qu’il faut guérir.
Et qui viendra dans ma misère?
Qui aura le courage d’entrer dans cette vie
à moitié morte?
Qui me verra sous tant de cendres,
Et soufflera, et ranimera l’étincelle?
Et m’emportera de moi-même,
Jusqu’au loin, ah! au loin, loin!
Qui m’entendra, qui suis sans voix
Maintenant dans cette attente?
Quelle main de femme posera sur mon front
Cette douceur qui nous endort?

Quels yeux de femme au fond des miens,
au fond de mes yeux obscurcis,
Voudront aller, fiers et profonds,
Pourront passer sans se souiller,
Quels yeux de femme et de bonté
Voudront descendre en ce réduit
Et recueillir, et ranimer
et ressaisir et retenir
Cette étincelle à peine là?
Quelle voix pourra retentir,
quelle voix de miséricorde
voix claire, avec la transparence du cristal
Et la chaleur de la tendresse
Pour me réveiller à l’amour, me rendre à la bonté,
m’éveiller à la présence de Dieu dans l’univers ?
Quelle voix pourra se glisser, très doucement,
sans me briser, dans mon silence intérieur ?

saint-denys Garneau(1949)

Quand je pouvais me plaindre…

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Quand je pouvais me plaindre en l’amoureux tourment,
Donnant air à la flamme en ma poitrine enclose,
Je vivais trop heureux ; las ! maintenant je n’ose
Alléger ma douleur d’un soupir seulement.

C’est me poursuivre, Amour, trop rigoureusement !
J’aime, et je suis contraint de feindre une autre chose,
Au fort de mes travaux je dis que je repose,
Et montre en mes ennuis un vrai contentement.

Ô supplice muet, que ta force est terrible !
Mais je me plains à tort de ma gêne invisible,
Vu qu’un si beau désir fait naître mes douleurs.

Puis j’ai ce réconfort en mon cruel martyre
Que j’écris toute nuit ce que je n’ose dire,
Et quand l’encre me faut je me sers de mes pleurs.

Philippe Desportes

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