Archive pour novembre, 2007

Origine et histoire de la fête de noël.

1. Quelle est l’origine de la fête de Noël ?

La fête pré chrétienne du 25 décembre à Rome. Des le premier siècle avant J-C, on célébrait à Rome le culte de Mithra, d’origine persane, importé à Rome par les légionnaires romains. Mithra était la divinité perse de la lumière. On fêtait le 25 décembre, pour le solstice d’hivers, la naissance de Mithra le soleil invaincu (Dies natalis solis invicti). On le fêtait par le sacrifice d’un jeune taureau.En 274, l’empereur Aurélien déclare le culte de Mithra religion d’état et il fixe la célébration du solstice au 25 décembre La fête du 25 décembre devient une fête chrétienne. La fête de Noël n’existait pas au début du christianisme. C’est seulement à partir du II° siècle que l’Église a cherché à déterminer dans l’année le jour de la naissance de Jésus sur lequel les évangiles ne disent rien. Des dates différentes ont été proposées : le 6 janvier, le 25 mars, le 10 avril … A Rome, l’Église a choisi  le 25 décembre pour célébrer la naissance de Jésus, sans doute pour faire pièce à la fête païenne de la naissance de Mithra. Vers 330 ou 354, l’empereur Constantin décida de fixer la date de Noël au 25 décembre.En 354,  le pape Libère instaura la célébration de la fête du 25 décembre. qui marque le début de l’année liturgique. Cette date a une valeur symbolique. En effet, en s’inspirant de Malachie 3/19 et Luc 1/78, on considérait la venue du Christ comme le lever du « Soleil de justice ». La fête de Noël célèbre ainsi la naissance de Jésus soleil de justice.  La fête du 25 décembre est arrivée progressivement en orient et en Gaule : en 379 à Constantinople, au début du Vème siècle en Gaule, au cours du Vème à Jérusalem et à la fin du Vème en Égypte. Dans les Églises d’orient, au 4ème siècle, on célébrait, sous des formes diverses, le 6 janvier la fête de la manifestation de Dieu.

2. Histoire de la fête de Noël jusqu’à la fin du Moyen Age.

L’empereur Théodose en 425. codifie officiellement les cérémonies de la fête de Noël. La fête du 25 décembre est devenue exclusivement chrétienne. Clovis est baptisé dans la nuit de Noël 496. En 506, le concile d’ Agde en fait une fête d’obligation. En 529, l’empereur Justinien en fait un jour chômé. 

La messe de minuit se célèbre dès le V° siècle, avec le pontificat de Grégoire le grand. Au VII° siècle, l’usage s’ établi à Rome de célébrer 3 messes : la vigile au soir du 24 décembre, la messe de l’aurore et la messe du jour le 25 décembre. 

La fête de Noël s’est répandu progressivement en Europe. Elle a été célébrée à la fin du V° siècle en Irlande, au VII° en Angleterre, au VIII° en Allemagne, au IX° dans les pays scandinaves, au IX° et X° dans les pays slaves. 

A partir du XII°, la célébration religieuse est accompagnée de drames liturgiques, les « mystères » qui mettent en scène l’adoration des bergers ou la procession des mages. Ces drames liturgiques se jouaient primitivement dans les églises, puis sur les parvis. 

3. Histoire de la fête de Noël depuis la Renaissance.

Les crèches d’église apparaissent en Italie au XV° et l’arbre de Noël en Allemagne au XVI°. Puis les crèches familiales, napolitaines puis provençales, se développent a partir du XVII°.

Au moment de la Réforme en1560, les protestants s’opposent à la crèche et préfèrent la tradition de l’arbre de Noël. Avec la contre réforme au XVII° , les représentations des drames liturgiques sont interdites parce qu’elles sont devenues trop profanes. 

Au XIX°, le père Noël apparaît aux États-Unis. Il se répand en Europe après la deuxième guerre mondiale. A partir du XIX°, les organismes de charité offrent aux plus démunis le traditionnel repas de Noël. Actuellement,  Noël tend à devenir principalement  une fête de l’enfant et de la famille.

SENS DE LA FÊTE DE NOËL 

1.  Jour de Noël fête familiale et fête des enfants.

Le jour de Noël est une fête familiale: moment privilégié pour se rassembler en famille,  toutes générations confondues. Cette fête, par toutes ses formes d’expression, crée des souvenirs communs et entretient le sentiment d’appartenance à une famille. Chacun trouve, à sa manière, cette façon de construire ce lien : partager un repas, une veillée, écouter des histoires, se réunir autour de la crèche.  

Avec la place grandissante de l’enfant dans la famille, Noël est devenu une fête des enfants : nuit magique où les désirs des enfants sont réalisés, pour le plus grand bonheur des adultes.

2.  Noël message de paix.

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre !  » : voilà ce que chantaient les anges à la naissance du Christ. L’annonce de la naissance du messie est un message de paix.

Le pape adresse chaque année pour Noël un message de paix au monde.

3. Partager la joie du jour de Noël  

Pour tous ceux qui d’une certaine manière se trouvent exclus de la fête, il importe de faire partager la joie de Noël.

 La veille au soir du jour de Noël, les petits frères des Pauvres réveillonnent avec les personnes âgées. Des associations caritatives, comme le Secours catholique, organisent le jour de Noël des distributions de cadeaux pour les sans domicile fixe, les isolés, les malades, les personnes âgées.

4. Noël fête de l’ Incarnation, fête de la venue du Fils de Dieu dans le monde.

 Après avoir vu différents aspects humains de la fête de Noël, regardons la signification divine de cette fête.  Noël est la fête qui célèbre  la venue du fils de Dieu dans le monde.  Avec la naissance de Jésus, c’est le mystère de l’incarnation qui s’accompli : c’est le fils unique de Dieu qui s’est homme. Pour utiliser le vocabulaire de l’Évangile de St Jean (2/14) « le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous ». Autrement dit, Jésus qui est né à Noël est le fils de Dieu. C’est aussi ce que dit saint Paul dans l’épître aux Philippiens (2/6-8) « Jésus, de condition divine, ne retint jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’anéanti lui même en prenant la condition d’esclave et devenant semblable aux hommes.

Les deux conciles de Chalcédoine en 451 et 553 ont précisé que Jésus est vrai Dieu et vrai homme, qu’il est une seule personne en deux natures divine et humaine. On appelle union hypostatique  l’union des deux natures, divine et humaine, en une seule personne. C’est le dogme de l’incarnation.

Dieu s’est fait homme pour que nous participions à sa nature divine et pour effacer le péché originel et nous pardonner nos péchés. C’est le but de l’incarnation.

C’est la troisième messe de Noël, qu’on appelle la « messe du jour », qui exprime le mieux la signification profonde de Noël.

ASPECT ŒCUMÉNIQUE ET INTERRELIGIEUX.

1. Noël pour les orthodoxes.

 Dès le IVème siècle, les Églises d’Orient célébraient la naissance de Jésus le 6 janvier. Cette fête commémorait à la fois la manifestation de la naissance du Christ aux bergers et aux mages et la manifestation du Christ à son baptême. C’est la fête de la manifestation de Dieu. Elle marquait aussi le retour de la lumière divine.  Actuellement,  les patriarcats de Constantinople et d’Antioche et l’Église de Grèce  célèbrent la naissance de Jésus et la visite des mages le 25 décembre parce qu’ils ont adopté le calendrier grégorien. Les Églises russes, serbes, arménienne, copte et éthiopienne célèbrent la naissance de Jésus et la visite des mages le 7 janvier (13 jours après le 25 décembre), parce qu’elles ont gardé le calendrier julien.Dans l’orthodoxie, la préparation à Noël est une période de jeûne, c’est un carême. En effet, les plus grandes fêtes sont préparées par un temps de jeûne. La veille de Noël revêt un caractère tout aussi important que le jour même, elle est principalement marquée par le jeûne. La crèche n’est pas traditionnelle dans les églises orthodoxes. 

2.  Noël pour les protestants.

Les Églises protestantes ont trois cultes pour Noël : la nuit, à l’aube et le matin de Noël qui tous les trois peuvent inclure la célébration de la Cène. En 1560, au moment de la Réforme, les protestants se refusent à représenter la Nativité par une crèche comme les catholiques. Ils préfèrent développer la tradition du sapin de Noël, arbre qui symbolise le paradis d’Adam et Ève et la connaissance du bien et du mal.

 3. Noël et la naissance de Jésus pour les musulmans.

Le Coran (Sourate III, verset 42/47) affirme que Jésus est né d’une vierge miraculeusement. En effet, Mahomet connaissait  la naissance de Jésus par un évangile apocryphe En France, les familles musulmanes fêtent souvent le jour de Noël pour les enfants. Mais, en principe, un musulman ne doit pas célébrer une fête religieuse non-musulmane.

4. Le temps de Noël pour les juifs.

Les familles juives ne célèbrent pas Noël, mais elles ont également une fête à célébrer en décembre, c’est   Hanouka, la fête des lumières. Pendant cette fête, chacun allume une bougie d’un chandelier à huit branches, chaque soir de la semaine. Pendant Hanouka, on s’échange aussi un cadeau par jour pendant huit jours.

Petit catalogue des bisous.

Le baiser inaugural
Les 2 bouches se collent l’une contre l’autre sans bouger.

Le baiser frémissant
La lèvre inférieure de la femme pénètre la bouche de son amant.

Le baiser frotté
La jeune fille lèche la lèvre inférieure de son amant en lui tenant les mains. Elle a les yeux fermés.

Le baiser appuyé
L’amant tient entre 2 doigts la lèvre inférieure de son amoureuse et embrasse fermement la lèvre pressée dans le creux créé entre ses lèvres.

Le baiser enveloppé
L’un des 2 amants attrape les deux lèvres de son amant dans les siennes.

Le baiser mouillé
L’un des 2 amants caresse avec sa langue les lèvres, les dents, la langue de son/sa partenaire.

Tous ces baisers peuvent être pratiqués avec des variantes : ordinaire (de face), oblique (têtes penchées), retourné (le visage de l’autre est tourné avec les mains).

Les gros pièges à éviter
Pas la peine de te presser, respire, c’est la base de tout. Prends ton temps pour approcher de sa bouche, caresser ses lèvres avec les tiennes avant d’introduire ta langue.

A ce moment là, pas la peine d’ouvrir au maximum à s’en décrocher la mâchoire, ni de fouiller sa bouche à la recherche de ses amygdales. Tu risques de l’asphyxier.

Ne cherche pas non plus à battre le record du monde du plus long baiser. Reprends ton souffle pour mieux recommencer.
Reste cool, prends ton temps et progressivement ton petit corps va se rapprocher du sien, dans un élan fusionnel. Le baiser est le 1er des préliminaires, c’est une porte ouverte…à la suite.

Les baisers qui nous hantent.

Quelle peut bien être notre expérience des baisers ?
Quels sont les baisers qui marquent nos mémoires au fer rouge et qui longtemps après nous mettent dans des états indicibles ?
Les baisers dont on cultive parfois de manière maniaque le souvenir ?
Le baiser que l’on recherche dans tous les autres ?
Le baiser avec lequel on trompe tous ses partenaires avec le réel plaisir de ne songer qu’à celui-là ?

La légende des baisers, qui imprègne fortement une littérature et un cinéma à l’eau de rose, veut que ce soit le premier baiser, le baiser de l’adolescence, le baiser tant espéré et bien souvent maladroitement obtenu ou donné, le baiser de la virginité et des premiers pas de la défloraison, le baiser de l’innocence, le baiser quand la sexualité reste une grande inconnue et un continent à découvrir, le baiser unique dans son genre et sans retour possible, le premier baiser d’une longue série comme une course pour revivre cette éternité-là, le baiser à ou de quelqu’un d’autre qui n’est pas «  le même  », qui n’est pas de la famille, le baiser de/à l’autre, de/à l’Autre fantasmé, tant désiré, présent dans tous les scénario du Désir, le baiser qui fait vivre la première expérience de l’Autre et de l’Ailleurs, de la première exogamie, qui a des saveurs de transgression d’interdits et de continents inconnus à déchiffrer.

Est-ce bien vrai ? N’est-ce pas un argument commercial ?

Le baiser qui nous hante, n’est-il pas plutôt celui que l’on a tant attendu et que l’on n’a pas obtenu ?

N’est-il pas celui que l’on a espéré comme un signe du destin, une élection particulière, celui avec lequel et pour lequel tout se jouait : la vie, la mort, l’espoir, le désespoir, celui pour lequel et contre lequel on aurait tout donné, tout abandonné ?

 On le dit, on se le dit et on ne cesse de se le répéter, avec sur les lèvres le goût de l’aventure qui ferait de nous le héros d’une grande et belle histoire d’amour, de l’amour absolu ou les saveurs du sacrifice suprême comme le destin du christ pour l’amour de l’Humanité. On se raconte cette histoire qui n’est qu’une fiction et qui jette un halo d’amertume sur tous les petits bonheurs du jour, qui nous fait oublier toutes nos lâchetés du jour si semblable au premier jour, le lendemain du jour du baiser attendu et pas obtenu, qui efface en notre mémoire la toute première lâcheté alors qu’on s’était juré d’en mourir.

Et tout naturellement le baiser maternel tant attendu et que l’on n’a pas obtenu parce que maman a autre chose à faire (Grand Dieu ! Quoi ! quand il en va du bonheur de son enfant !), d’autres personnes à s’occuper et n’a d’yeux que pour papa et préfère lui obéir, lui !qui ne veut pas comprendre les besoins de son enfant, l’égoïste ! Ce baiser-là précisément, qui s’inscrira tant par son désir, son besoin, son irrépressible nécessité, dans les fibres les plus serrées et les plus profondes de notre être au point de nous donner une sensation de soi qui nous fait ressembler à l’oisillon tombé du nid, à un être d’une fragilité foncière, toujours dans le risque d’être à la merci du premier quidam qui saura nous refuser un petit rien mais si essentiel à cause de ce manque originel.

Et tous les autres baisers, quels sont-ils ?

Des baisers pour se risquer un peu plus loin dans les abandons nécessaires vers la sexualité. 

Des baisers donnés dans l’ivresse d’un moment, d’un rire, d’une promesse dont on ne s’étonnera pas qu’elle ne soit pas tenue.

Des baisers dans les vapeurs d’une nuit qui ne finit pas d’être obscure au point de nous faire oublier toutes les règles que, le jour venu et tout le jour, on se jure de ne jamais transgresser, parce qu’il ne faudrait pas imaginer que l’on est ce que l’on n’a pas envie d’être et que pourtant, on le sait, on est de toutes les façons.

Des baisers parce que quelqu’un a eu l’audace ou la duplicité de nous dire je t’aime pour toutes les raisons que l’on sait bien de circonstances mais l’occasion de s’en laisser croire est trop rare et trop bonne… et on ne sait jamais : je suis peut-être ce qu’il dit que je suis !

Des baisers que l’on donne pour un oui et pour un non, joue contre joue, avec cet air de ne pas être dans le coup ou d’insister dans l’aspect de la courtoisie alors que le contact de la peau de l’autre nous fait espérer une tendresse infinie.

Des baisers qui nous dégoûtent malgré toutes les marques d’affection de l’autre et les plaisirs qu’il y prend et peut-être uniquement pour cela.

Des baisers lamentablement stéréotypés du travail, des rencontres ritualisées à en mourir.

Des baisers à et de celui dont on pense qu’il ne pense qu’à cela puis à bien d’autres choses.

Des baisers irrépressibles parce que l’on a la bêtise de tomber amoureux de tout ce qui porte lèvres et sexe désiré, jusqu’à être dégoûté de soi.

Des baisers qui font peur car alors on « voit  » des bouches, des bouches avec des rangées de dents à mordre toute la chrétienté sans coup férir et pour le plaisir démoniaque de la morsure et de la souffrance ainsi donnée, des langues prêtes à vous happer vers des profondeurs lugubres et fermentées, débordantes de salive dont l’idée que l’on s’en fait nous rappelle l’excrémentiel, des haleines à ne pas pouvoir contraindre une envie de vomir.

Et peut-être les baisers que l’on a vus en cachette, ou hasard d’une rencontre fortuite, le baiser surpris qui a fait de nous un voyeur à l’impitoyable et irreversible culpabilité !

Le baiser de cinéma inattendu : plan-contreplan, plan remontant, plan en plongée… et plongée dans le regard du héros comme si ses yeux ne voyaient que nous, les lèvres tendues de l’héroïne vers les nôtres.. inexorablement… et dans l’oreille sa voix déjà un peu rauque car déjà alourdie du poids de la jouissance à venir, qui s’arrête sur un râle si reconnaissable !

Le baiser, une histoire de bouches !

Le baiser : des histoires de bouches et de désirs, d’envies,  d’envie de mordre.

La bouche, les lèvres sont dans un grand nombre d’expressions qui disent bien ce qu’elles ont à dire. Elles parlent ; «  ça parle  » et ça parle de tous les stades de la construction de la vie psychique. Du bébé qui en a plein la bouche du sein qu’il demande, qu’il recherche, auquel un jour (quel jour !) il devra renoncer.

Du bébé qui de ses lèvres et de sa langue pratiquera le mouvement des lèvres qui n’est autre que celui de la succion, qui longtemps confondra succion des lèvres et le plaisir de saisir le sein, et dévorer, déglutir, manger, ..

Du bébé qui, dans l’attente du sein saisira son pouce ou tout autre partie de lui-même qui soit accessible à ses lèvres, l’introduira dans la bouche, exercera sur lui toutes les pressions de la succion.

Du bébé sur les lèvres duquel vous apposez votre joue et qui vous baise de ce mouvement de succion humide et d’une force aspirante étonnante, parfois jusqu’aux mordillements douloureux des gencives qui laisse sur la peau une trace bleu pâle.

Du bébé que la mère,

-lors de l’allaitement, dévore des yeux,

-puis à la toilette, mange de baisers sous ses rires éclatants et tridents en rafale, et qui introduit des parties de son corps dans la bouche tout en s’esclaffant «  je le mange ! je te mange ! je t’aime ! j’aime manger mon bébé ! c’est tout tendre un bébé !  » Etc.,.. sous ses rires et enfin dans le silence interloqué de l’enfant qui repousse la bouche dévorante de toute son énergie.

Du bébé qui découvre le monde et les objets qui l’entourent, qu’il ne cesse de porter à la bouche, qu’il enfouit dans la cavité de la bouche comme si découvrir et connaître le monde c’était se l’approprier, l’enfouir dans la cavité buccale.

De l’amant qui dans l’élan de la pulsion amoureuse ne voit plus, ne sent plus, ne désire plus que l’incarnation de la personne de l’autre, sa chair.

De l’amant qui touche, palpe, caresse, respire, lèche, tète, suce, mordille, mord, pince des lèvres jusqu’au sang la chair de l’autre, le corps désiré, se repaît de ses sucs,… tout comme ces ogres des contes d’enfant.
De l’amant qui, le désir satisfait, la jouissance assouvie, la faim abolie, revient à la réalité du corps de l’autre et de l’interdit de le dévorer, dans une quiétude qui le laisse dans un sentiment étrange : il a été, il aurait pu être, l’ogre de ses terreurs infantiles.
De l’amant dont le désir de dévoration a mis « hors de lui  » et qui découvre en lui le cannibale qui sommeillait et dont l’énergie, au réveil, le laisse pantois.
De l’amant qui, à la fin des fins, sent en lui, alors que l’ivresse de la jouissance s’éloigne, se remettre en place toutes les phobies du contact de la chair de l’autre et des autres au point de l’inquiéter de l’Autre, cannibale, qu’il peut être sous l’énergie du désir du corps de l’autre.

De l’amant qui pense le sexe de l’autre comme une bouche ou à mettre en bouche, une cavité sans fond ou à dévorer absolument, qui, dans une faim qui ne paraît jamais assouvie, fait du sexe de l’autre une bouche à remplir jusqu’aux réflexes du vomissement, du corps qui refuse une telle intrusion.

De l’amant qui réprime son désir impossible à assouvir de dévoration, avale la vie, le monde, les connaissances, les activités dans un appétit féroce, jamais assouvi, dans une boulimie qui ne le laisse jamais au repos, …. Hors les moments où il a été l’ogre, hélas, contrarié de l’autre et de son corps désiré.

L’amant qui n’aime que les romans et les films de vampire et d’araignée qui apposent leur baiser dans le cou de leurs amours impossibles.

De l’amant que la vue de toute viande rend nauséeux à trop réprimer son désir de la chair de l’autre, qui fuit la table, qui retient son souffle, qui refuse toute expiration, qui clôt la bouche, scelle les lèvres. L’amant mutique de toute autre vie. L’amant qui vit dans les terreurs de ses appétits, de l’animal omnivore qu’il découvre en lui, de l’ogre qu’il est finalement.

Le personnage narcissique qui n’aime que les attouchements de ses lèvres sur la peau de sa main, qui aime sa chair ramollie par l’eau trop chaude du bain et la mordille, qui renifle sa peau comme un animal la proie qu’il vient de tuer et qui est encore chaude de sa vie, qui entre en lui pour méditer ou réfléchir s’aidant de la caresse de sa main sur ses lèvres

Le baiser est ainsi la métamorphose libidinale d’actes de la vie courante, du fonds de la condition humaine, des temps oubliés et des moments refoulés qui nous rappellent notre « nature  » : manger, mordre, dévorer, déglutir, incorporer,… Il y a de la jouissance à l’accomplissement de ces actes répétitifs. Le baiser est à l’acte d’engloutir, de s’emparer par la bouche, ce qu’est l’asymptote à l’infini : une approche où on se cesse de tendre vers l’infini tout en y renonçant car il y a quelque chose d’impossible dans cette entreprise…
Ainsi soit-il du désir de l’autre et de son incarnation, et l’amour de sa personne.

Le baiser est une liberté : il est appropriation et renoncement à la mainmise.

 

Le baiser est une culture : il est Nature et Désir.

Le triomphe du baiser !

Notre époque a divisé la vie de individus en deux parts, la vie publique et la vie privée. Le baiser se partage entre ces deux secteurs.

La vie publique est l’aire de la poignée de mains entre hommes, du baiser joue contre joue avec un léger claquement des lèvres dans l’air, entre femmes, et selon le degré affiché d’affection et de l’idée de ce qui est partagé, entre un homme et une femme.

La vie privée a le privilège du baiser où le contact est non seulement autorisé mais il est recherché.

Le baiser sur la joue : les lèvres apposées sur la peau de l’autre, le mouvement des lèvres qui sur la peau de l’autre esquissent le mouvement de mordre réprimé, les dents en retrait, les lèvres écrasées contre la chair de l’autre, dans une humidité également retenue, et dans un bruit de chuintement qui doit, si proche de l’oreille, ravir. Il est pratiqué entre hommes, entre femmes, entre homme et femme, entre adulte et enfant. Il est signe d’appartenance à la même communauté : famille, famille élargie aux amis considérés comme les plus proches et avec lesquels se partage l’intimité.

Le baiser de cette sorte est le signe de l’intimité et de son partage.

Ce partage de l’intimité est essentielle dans le contenu donné aux relations qui se nouent dans la sphère de la vie privée. Le baiser est la clef qui permet d’accéder à ce partage. La forme du baiser, son degré d’intensité, disent ce qu’il en ait quant à ce qui est partagé, la part d’intimité mise au partage.

Il est le langage d’une interaction et d’une interactivité, entre deux ou plusieurs individus, qui constituent ensemble une communauté plus imaginaire que réelle, plus affective que fermée sur des liens dits de sang, même si le baiser est d’emblée de droit et l’intimité familiale forcément en partage.

Le baiser de cette sorte est partagé avec l’animal domestique, chien et chat, que l’on affuble de diminutifs destinés habituellement aux personnes avec lesquelles l’intimité est partagée.

Le baiser est aussi une indication donnée aux autres, à ceux qui sont tenus à l’extérieur de cette intimité ou qui n’en ont pas le même partage, leur négative différence, ils ne sont de cette intimité-là.

L’intimité prend figure, dorénavant, «  d’ un monde  » à part entière avec ses lois et règles, ce mode d’insertion comme d’exclusion, ses symboles et ses langages. Et comme monde à part, il rivalise, dans l’esprit de beaucoup d’individus, avec «  l’autre monde  », la vie sociale et publique, au point parfois de s’imposer comme système de valorisation des individus au détriment des valeurs anciennes de «  l’autre vie  » quand il ne s’y substitue pas et impose ses propres « lois » : la «  réussite sociale  » si prisée aux débuts du siècle ne vaut plus aujourd’hui comme symbole d’une carrière menée à son objectif, mais comme élément d’un train de vie.

Le baiser donné par des jeunes filles choisies à cet usage au vainqueur de l’étape du Tour de France, par exemple, les congratulations des joueurs d’une équipe vis à vis de celui qui vient de leur donner un point décisif décrit la congratulation familiale quand l’un des membres permet de distinguer la famille : le bac, les examens et concours, le permis de conduire,…

Le baiser de l’intimité heureuse et réussie, le baiser d’amour ou du joue à joue familiale et/ou de l’amitié envahit les scènes publicitaires.

Le baiser de l’enfant Marcel Proust est la parfaite illustration du baiser joue à joue d’affection, qui conjure les terreurs nocturnes et permet le sommeil, qui marque l’attachement d’une mère à son enfant. Marque de tendresse. Il préserve l’intimité et réaffirme, si besoin est, que l’enfant est dans cette enveloppe d’intimité qui embrasse toute la famille à partir de la mère.

Les tentatives du père pour cesser cette comédie marque bien la nécessité où sont les pères de guider leur fils vers la vie sociale où les marques de tendresse n’ont plus cours, où être un homme est faire la preuve du sevrage de cette intimité qui maintient l’enfant dans le giron des femmes.

Par rapport à l’accès du corps de l’autre, le baiser d’affection est strictement codé : les parties du corps accessibles ou offertes sont bien précises.

Avec le baiser amoureux, celui qui introduit à l’érotisme, l’accès au corps de l’autre ou l’offre du sien, est codé tout différemment. Il est le signe de cet «  abandon  ». Il signifie la passion et ses «  débordements  » ; ainsi en public, il gêne car il suggère trop les autres parties du corps qui sont offertes, il «  dénude  », il est la métaphore du congrès des sexes en même temps qu’il l’annonce ou l’autorise : ce qui est renforcé par le glissement sémantique du mot vers le verbe.

Le baiser sur les lèvres, dans la recherche du contact des chairs, rentre dans une tout autre codification, celle des caresses, celle où la main ou les lèvres de l’un se font chair pour porter la chair de l’autre dans l’incandescence de la jouissance, et réciproquement.

Le baiser érotique sur la bouche est à la fois instrument et sujet de la recherche de la jouissance.

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