Archive pour 18 novembre, 2007

Le triomphe du baiser !

Notre époque a divisé la vie de individus en deux parts, la vie publique et la vie privée. Le baiser se partage entre ces deux secteurs.

La vie publique est l’aire de la poignée de mains entre hommes, du baiser joue contre joue avec un léger claquement des lèvres dans l’air, entre femmes, et selon le degré affiché d’affection et de l’idée de ce qui est partagé, entre un homme et une femme.

La vie privée a le privilège du baiser où le contact est non seulement autorisé mais il est recherché.

Le baiser sur la joue : les lèvres apposées sur la peau de l’autre, le mouvement des lèvres qui sur la peau de l’autre esquissent le mouvement de mordre réprimé, les dents en retrait, les lèvres écrasées contre la chair de l’autre, dans une humidité également retenue, et dans un bruit de chuintement qui doit, si proche de l’oreille, ravir. Il est pratiqué entre hommes, entre femmes, entre homme et femme, entre adulte et enfant. Il est signe d’appartenance à la même communauté : famille, famille élargie aux amis considérés comme les plus proches et avec lesquels se partage l’intimité.

Le baiser de cette sorte est le signe de l’intimité et de son partage.

Ce partage de l’intimité est essentielle dans le contenu donné aux relations qui se nouent dans la sphère de la vie privée. Le baiser est la clef qui permet d’accéder à ce partage. La forme du baiser, son degré d’intensité, disent ce qu’il en ait quant à ce qui est partagé, la part d’intimité mise au partage.

Il est le langage d’une interaction et d’une interactivité, entre deux ou plusieurs individus, qui constituent ensemble une communauté plus imaginaire que réelle, plus affective que fermée sur des liens dits de sang, même si le baiser est d’emblée de droit et l’intimité familiale forcément en partage.

Le baiser de cette sorte est partagé avec l’animal domestique, chien et chat, que l’on affuble de diminutifs destinés habituellement aux personnes avec lesquelles l’intimité est partagée.

Le baiser est aussi une indication donnée aux autres, à ceux qui sont tenus à l’extérieur de cette intimité ou qui n’en ont pas le même partage, leur négative différence, ils ne sont de cette intimité-là.

L’intimité prend figure, dorénavant, «  d’ un monde  » à part entière avec ses lois et règles, ce mode d’insertion comme d’exclusion, ses symboles et ses langages. Et comme monde à part, il rivalise, dans l’esprit de beaucoup d’individus, avec «  l’autre monde  », la vie sociale et publique, au point parfois de s’imposer comme système de valorisation des individus au détriment des valeurs anciennes de «  l’autre vie  » quand il ne s’y substitue pas et impose ses propres « lois » : la «  réussite sociale  » si prisée aux débuts du siècle ne vaut plus aujourd’hui comme symbole d’une carrière menée à son objectif, mais comme élément d’un train de vie.

Le baiser donné par des jeunes filles choisies à cet usage au vainqueur de l’étape du Tour de France, par exemple, les congratulations des joueurs d’une équipe vis à vis de celui qui vient de leur donner un point décisif décrit la congratulation familiale quand l’un des membres permet de distinguer la famille : le bac, les examens et concours, le permis de conduire,…

Le baiser de l’intimité heureuse et réussie, le baiser d’amour ou du joue à joue familiale et/ou de l’amitié envahit les scènes publicitaires.

Le baiser de l’enfant Marcel Proust est la parfaite illustration du baiser joue à joue d’affection, qui conjure les terreurs nocturnes et permet le sommeil, qui marque l’attachement d’une mère à son enfant. Marque de tendresse. Il préserve l’intimité et réaffirme, si besoin est, que l’enfant est dans cette enveloppe d’intimité qui embrasse toute la famille à partir de la mère.

Les tentatives du père pour cesser cette comédie marque bien la nécessité où sont les pères de guider leur fils vers la vie sociale où les marques de tendresse n’ont plus cours, où être un homme est faire la preuve du sevrage de cette intimité qui maintient l’enfant dans le giron des femmes.

Par rapport à l’accès du corps de l’autre, le baiser d’affection est strictement codé : les parties du corps accessibles ou offertes sont bien précises.

Avec le baiser amoureux, celui qui introduit à l’érotisme, l’accès au corps de l’autre ou l’offre du sien, est codé tout différemment. Il est le signe de cet «  abandon  ». Il signifie la passion et ses «  débordements  » ; ainsi en public, il gêne car il suggère trop les autres parties du corps qui sont offertes, il «  dénude  », il est la métaphore du congrès des sexes en même temps qu’il l’annonce ou l’autorise : ce qui est renforcé par le glissement sémantique du mot vers le verbe.

Le baiser sur les lèvres, dans la recherche du contact des chairs, rentre dans une tout autre codification, celle des caresses, celle où la main ou les lèvres de l’un se font chair pour porter la chair de l’autre dans l’incandescence de la jouissance, et réciproquement.

Le baiser érotique sur la bouche est à la fois instrument et sujet de la recherche de la jouissance.

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