Archive pour 20 novembre, 2007

Le baiser, une histoire de bouches !

Le baiser : des histoires de bouches et de désirs, d’envies,  d’envie de mordre.

La bouche, les lèvres sont dans un grand nombre d’expressions qui disent bien ce qu’elles ont à dire. Elles parlent ; «  ça parle  » et ça parle de tous les stades de la construction de la vie psychique. Du bébé qui en a plein la bouche du sein qu’il demande, qu’il recherche, auquel un jour (quel jour !) il devra renoncer.

Du bébé qui de ses lèvres et de sa langue pratiquera le mouvement des lèvres qui n’est autre que celui de la succion, qui longtemps confondra succion des lèvres et le plaisir de saisir le sein, et dévorer, déglutir, manger, ..

Du bébé qui, dans l’attente du sein saisira son pouce ou tout autre partie de lui-même qui soit accessible à ses lèvres, l’introduira dans la bouche, exercera sur lui toutes les pressions de la succion.

Du bébé sur les lèvres duquel vous apposez votre joue et qui vous baise de ce mouvement de succion humide et d’une force aspirante étonnante, parfois jusqu’aux mordillements douloureux des gencives qui laisse sur la peau une trace bleu pâle.

Du bébé que la mère,

-lors de l’allaitement, dévore des yeux,

-puis à la toilette, mange de baisers sous ses rires éclatants et tridents en rafale, et qui introduit des parties de son corps dans la bouche tout en s’esclaffant «  je le mange ! je te mange ! je t’aime ! j’aime manger mon bébé ! c’est tout tendre un bébé !  » Etc.,.. sous ses rires et enfin dans le silence interloqué de l’enfant qui repousse la bouche dévorante de toute son énergie.

Du bébé qui découvre le monde et les objets qui l’entourent, qu’il ne cesse de porter à la bouche, qu’il enfouit dans la cavité de la bouche comme si découvrir et connaître le monde c’était se l’approprier, l’enfouir dans la cavité buccale.

De l’amant qui dans l’élan de la pulsion amoureuse ne voit plus, ne sent plus, ne désire plus que l’incarnation de la personne de l’autre, sa chair.

De l’amant qui touche, palpe, caresse, respire, lèche, tète, suce, mordille, mord, pince des lèvres jusqu’au sang la chair de l’autre, le corps désiré, se repaît de ses sucs,… tout comme ces ogres des contes d’enfant.
De l’amant qui, le désir satisfait, la jouissance assouvie, la faim abolie, revient à la réalité du corps de l’autre et de l’interdit de le dévorer, dans une quiétude qui le laisse dans un sentiment étrange : il a été, il aurait pu être, l’ogre de ses terreurs infantiles.
De l’amant dont le désir de dévoration a mis « hors de lui  » et qui découvre en lui le cannibale qui sommeillait et dont l’énergie, au réveil, le laisse pantois.
De l’amant qui, à la fin des fins, sent en lui, alors que l’ivresse de la jouissance s’éloigne, se remettre en place toutes les phobies du contact de la chair de l’autre et des autres au point de l’inquiéter de l’Autre, cannibale, qu’il peut être sous l’énergie du désir du corps de l’autre.

De l’amant qui pense le sexe de l’autre comme une bouche ou à mettre en bouche, une cavité sans fond ou à dévorer absolument, qui, dans une faim qui ne paraît jamais assouvie, fait du sexe de l’autre une bouche à remplir jusqu’aux réflexes du vomissement, du corps qui refuse une telle intrusion.

De l’amant qui réprime son désir impossible à assouvir de dévoration, avale la vie, le monde, les connaissances, les activités dans un appétit féroce, jamais assouvi, dans une boulimie qui ne le laisse jamais au repos, …. Hors les moments où il a été l’ogre, hélas, contrarié de l’autre et de son corps désiré.

L’amant qui n’aime que les romans et les films de vampire et d’araignée qui apposent leur baiser dans le cou de leurs amours impossibles.

De l’amant que la vue de toute viande rend nauséeux à trop réprimer son désir de la chair de l’autre, qui fuit la table, qui retient son souffle, qui refuse toute expiration, qui clôt la bouche, scelle les lèvres. L’amant mutique de toute autre vie. L’amant qui vit dans les terreurs de ses appétits, de l’animal omnivore qu’il découvre en lui, de l’ogre qu’il est finalement.

Le personnage narcissique qui n’aime que les attouchements de ses lèvres sur la peau de sa main, qui aime sa chair ramollie par l’eau trop chaude du bain et la mordille, qui renifle sa peau comme un animal la proie qu’il vient de tuer et qui est encore chaude de sa vie, qui entre en lui pour méditer ou réfléchir s’aidant de la caresse de sa main sur ses lèvres

Le baiser est ainsi la métamorphose libidinale d’actes de la vie courante, du fonds de la condition humaine, des temps oubliés et des moments refoulés qui nous rappellent notre « nature  » : manger, mordre, dévorer, déglutir, incorporer,… Il y a de la jouissance à l’accomplissement de ces actes répétitifs. Le baiser est à l’acte d’engloutir, de s’emparer par la bouche, ce qu’est l’asymptote à l’infini : une approche où on se cesse de tendre vers l’infini tout en y renonçant car il y a quelque chose d’impossible dans cette entreprise…
Ainsi soit-il du désir de l’autre et de son incarnation, et l’amour de sa personne.

Le baiser est une liberté : il est appropriation et renoncement à la mainmise.

 

Le baiser est une culture : il est Nature et Désir.

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