Archive pour février, 2008

Son retour.

Hélas ! Je devrais le haïr !
Il m’ a rendu le mal de l’ âme,
ce mal plein de pleurs et de flamme,
si triste, si lent à guérir !
Hélas ! Je devrais le haïr.
Il m’ a rapporté ce tourment
qu’ avait assoupi son absence :
dans le charme de sa présence,
dans mon nom, qu’ il dit tristement,
il m’ a rapporté ce tourment.
Dans le baiser pur du retour
lorsque son âme m’ a cherchée,
la mienne en vain s’ était cachée :
la mienne a reconnu l’ amour
sous le baiser pur du retour.
Il dit qu’ il ne s’ en ira plus :
quelle frayeur dans cette joie !
Vous voulez que je le revoie,
mon Dieu ! Nous sommes donc perdus :
il dit qu’ il ne s’ en ira plus !

Marceline DESBORDE-VALMORE

S’il l’avait su…

S’ il avait su quelle âme il a blessée,
larmes du coeur, s’ il avait pu vous voir,
ah ! Si ce coeur, trop plein de sa pensée,
de l’ exprimer eût gardé le pouvoir,
changer ainsi n’ eût pas été possible ;
fier de nourrir l’ espoir qu’ il a déçu,
à tant d’ amour il eût été sensible,
s’ il l’ avait su.
S’ il avait su tout ce qu’ on peut attendre
d’ une âme simple, ardente et sans détour,
il eût voulu la mienne pour l’ entendre ;
comme il l’ inspire, il eût connu l’ amour.
Mes yeux baissés recélaient cette flamme ;
dans leur pudeur n’ a-t-il rien aperçu ?
Un tel secret valait toute son âme,
si j’ avais su, moi-même, à quel empire
on s’ abandonne en regardant ses yeux,
sans le chercher comme l’ air qu’ on respire,
j’ aurais porté mes jours sous d’ autres cieux.
Il est trop tard pour renouer ma vie,
ma vie était un doux espoir déçu.
Diras-tu pas, toi qui me l’ as ravie :
 » si j’ avais su ! « 

Marceline DESBORDES-VALMORE

Jamais, avez-vous dit, tandis qu’autour de nous …

Jamais, avez-vous dit, tandis qu’autour de nous
Résonnait de Schubert la plaintive musique ;
Jamais, avez-vous dit, tandis que, malgré vous,
Brillait de vos grands yeux l’azur mélancolique.

Jamais, répétiez-vous, pâle et d’un air si doux
Qu’on eût cru voir sourire une médaille antique.
Mais des trésors secrets l’instinct fier et pudique
Vous couvrit de rougeur, comme un voile jaloux.

Quel mot vous prononcez, marquise, et quel dommage
Hélas ! Je ne voyais ni ce charmant visage,
Ni ce divin sourire, en vous parlant d’aimer.

Vos yeux bleus sont moins doux que votre âme n’est belle.
Même en les regardant, je ne regrettais qu’elle,
Et de voir dans sa fleur un tel cœur se fermer.

Alfred de MUSSET

Pretty valentines.

prettyvalentinescall.gif

Rêvé pour l’hiver.

L’hiver, nous irons dans un petit wagon rose

Avec des coussins bleus.

Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose

Dans chaque coin moelleux.

tu fermeras l’oeil, pour ne point voir, par la glace,

Grimacer les ombres des soirs,

Ces monstruosités hargneuses, populace

De démons noirs et de loups noirs.

Puis tu te sentiras la joue égratignée…

Un petit baiser, comme une folle araignée,

Te courra par le coup…

Et tu me diras: « Cherches! » en inclinant la tête,

Et nous prendrons du temps à trouver cette bête

Qui voyage beaucoup…

Arthur Rimbaud. Le 7 Octobre 1870.

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