Archive pour mars, 2008

STÉRÉOSCOPE.

Je ne veux pas les voir. Emporte ces clichés
où tient, dis-tu, notre voyage et son histoire.
Mes souvenirs sont bien plus beaux dans ma mémoire.
Tu les éloignerais, voulant les rapprocher.
Emporte ces clichés où tout meurt et s’étrique,
où le passé charmant apparaît dépouillé
de sa couleur, de son parfum, de sa musique
tandis qu’un détail bête y revit tout entier
avec une importance irritante et cruelle.
Ma mémoire est plus fidèle
qui sait si bien oublier.
Elle a sans doute un peu brouillé
les lignes, défait les contours,
estompe les décors qui restent imprécis…
Mais au souvenir réussi
elle a laisse son goût d’amour.
Elle conserve mes bonheurs
et me les tend au moindre appel,
avec leur douceur, leur saveur,
avec la hauteur de leur ciel.
Je n’ai qu’à les lui demander,
les heures que je veux revivre.
Elle a tout gardé, tout gardé :
l’âpre odeur qui nous laissait ivres,
de ce bois de pins sur la mer;
le goût de vent et de grand air
qu’avaient nos baisers sur les dunes;
le village, le carrefour
des chemins où l’on s’est un jour
tant disputé, notre rancune,
notre interminable retour,
et comme je te querellais
d’être si froide et si brutale,
tout ce temps que tu mis exprès
à choisir des cartes postales…
et puis les pleurs et le pardon…
et l’église, et notre maison,
et nos courses à bicyclette,
quand nous fleurissions nos guidons
de chevrefeuille… et tout, nos fêtes,
nos chansons, nos larmes, nos cris,
notre nature, nos jours gris
et nos belles journées parfaites,
elle me les rend palpitants
avec l’air qui les enveloppe…
Penses tu qu’il en tienne autant
au fond de ton stéréoscope!
Tu ne trouves donc pas que c’est triste à mourir
ce blanc, ce noir, ces traits précis et décevants,
cercueils exacts où le passé fut vivant,
mais tenu si serré qu’on ne peut l’en sortir!…
Tu montreras à nos amis ces sarcophages
où des moments de nous sont ainsi prisonniers.
Ils s’émerveilleront :  » C’était grand, votre plage!
C’était beau, ce pays! Quels arbres vous aviez!
Vraiment vous viviez seuls dans ce petit village?… »
Puis ils riront d’un geste un peu gauche que j’eus…
Amuse-toi. Fais-leur vivre notre voyage.
Mais moi, ces chers endroits, ces murs qui m’ont tant plu,
ces cadres où tu mis tes différents visages,
ne me les montre pas : je ne les verrai plus.
J’ai des images merveilleuses dans ma tête,
et tous ces documents ne m’en laisseraient rien…
Le Souvenir est un poète.
N’en fais pas un historien.

Paul GERALDY.

Mirages d’amour .

Tous deux me sculptaient
à même la glace.
C’était l’oeuvre de tous les jours:
lui, des yeux
      tranchant net un seul poil de travers
elle, de ses cris
      sciant tous mes élans presqu’à la racine.

Puis les éleveurs d’enfants prirent la relève
rangeant bien serrés, dans de petites boîtes closes
      nos gestes frais
      nos rires tendres
      avec les perles de l’imagination.

J’ appris donc à contenir les mouvements du coeur
car nul n’était là
      pour joindre mes battements.

J’ appris aussi à ronger la faim du coeur
car nul n’était là
      pour assouvir la mienne.

Mais j’appris qu’une certaine présence
me venait de ceux
qui se miraient dans mes glaces.

Aujourd’hui
transportant dans mon triste baluchon,
toutes les nuances de l’arc-en-ciel,
du fond de ma glace
je reflète tout ce que j’aspire à apprivoiser.

Et
Sans cesse,
les os claquant d’incertitude,
je fouille l’air ambiant
      pour la couleur juste
      la parole droite
      le geste qui fondra harmonieusement dans l’univers de l’autre.

Virtuose du miroitement
je suis pourtant coincé dans ma sculpture d’antan
mon être compressé
craignant toujours d’exposer des formes insolites.


Michelle Larivey

Merci Deep!

anousdeuxcall.gif

Pâques.

paquescall4.jpg

Confession.

Une fois, une seule, aimable et douce femme,
A mon bras votre bras poli
S’appuya (sur le fond ténébreux de mon âme
Ce souvenir n’est point pâli);

II était tard; ainsi qu’une médaille neuve
La pleine lune s’étalait,
Et la solennité de la nuit, comme un fleuve,
Sur Paris dormant ruisselait.

Et le long des maisons, sous les portes cochères,
Des chats passaient furtivement,
L’oreille au guet, ou bien, comme des ombres chères,
Nous accompagnaient lentement.

Tout à coup, au milieu de l’intimité libre
Eclose à la pâle clarté,
De vous, riche et sonore instrument où ne vibre
Que la radieuse gaieté,

De vous, claire et joyeuse ainsi qu’une fanfare
Dans le matin étincelant,
Une note plaintive, une note bizarre
S’échappa, tout en chancelant

Comme une enfant chétive, horrible, sombre, immonde,
Dont sa famille rougirait,
Et qu’elle aurait longtemps, pour la cacher au monde,
Dans un caveau mise au secret.

Pauvre ange, elle chantait, votre note criarde:
 » Que rien ici-bas n’est certain,
Et que toujours, avec quelque soin qu’il se farde,
Se trahit l’égoïsme humain;

Que c’est un dur métier que d’être belle femme,
Et que c’est le travail banal
De la danseuse folle et froide qui se pâme
Dans son sourire machinal;

Que bâtir sur les coeurs est une chose sotte;
Que tout craque, amour et beauté,
Jusqu’à ce que l’Oubli les jette dans sa hotte
Pour les rendre à l’Eternité! « 

J’ai souvent évoqué cette lune enchantée,
Ce silence et cette langueur,
Et cette confidence horrible chuchotée
Au confessionnal du coeur.

Charles Baudelaire.

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