Archive pour 12 avril, 2008

Le Baiser.

Couples fervents et doux, ô troupe printanière !

Aimez au gré des jours.

— Tout, l’ombre, la chanson, le parfum, la lumière

Noue et dénoue l’amour.

Épuisez, cependant que vous êtes fidèles,

La chaude déraison,

Vous ne garderez pas vos amours éternelles

Jusqu’à l’autre saison.

Le vent qui vient mêler ou disjoindre les branches

A de moins brusques bonds

Que le désir qui fait que les êtres se penchent

L’un vers l’autre et s’en vont.

Les frôlements légers des eaux et de la terre,

Les blés qui vont mûrir,

La douleur et la mort sont moins involontaires

Que le choix du désir.

Joyeux, dans les jardins où l’été vert s’étale

Vous passez en riant,

Mais les doigts enlacés, ainsi que des pétales

Iront se défeuillant.

Les yeux dont les regards dansent comme une abeille

Et tissent des rayons,

Ne se transmettront plus d’une ferveur pareille

Le miel et l’aiguillon,

Les cœurs ne prendront plus comme deux tourterelles

L’harmonieux essor,

Vos âmes, âprement, vont s’apaiser entre elles,

C’est l’amour et la mort…

Anna de Noailles

 Le Cœur innombrable
 

Une femme.

S’il arrivait un jour, en quelque lieu sur terre,
Qu’une entre vous vraiment comprît sa tâche austère,
Si, dans le sentier rude avançant lentement,
Cette âme s’arrêtait à quelque dévoûment,
Si c’était la Bonté sous les cieux descendue,
Vers tous les malheureux la main toujours tendue,
Si l’époux, si l’enfant à ce cœur ont puisé,
Si l’espoir de plusieurs sur Elle est déposé,
Femmes, enviez-la. Tandis que dans la foule
Votre vie inutile en vains plaisirs s’écoule,
Et que votre cœur flotte, au hasard entraîné,
Elle a sa foi, son but et son labeur donné.
Enviez-la. Qu’il souffre ou combatte, c’est Elle
Que l’homme à son secours incessamment appelle,
Sa joie et son appui, son trésor sous les cieux,
Qu’il pressentait de l’âme et qu’il cherchait des yeux,
La colombe au cou blanc qu’un vent du ciel ramène
Vers cette arche en danger de la famille humaine,
Qui, des saintes hauteurs en ce morne séjour,
Pour branche d’olivier a rapporté l’amour.

Louise Ackermann

Le Parnasse contemporain, III


 

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