Le nom.

Chacun donne à celle qu’ il aime
les plus beaux noms et les plus doux ;
pour moi, c’ est ton nom de baptême
que je préfère encore à tous.
Simple et tendre à dire, il me semble
pour te désigner le seul bon,
et toutes les douceurs ensemble,
je te les murmure en ce nom.
La mélodie en est divine ;
tu sais le contre-coup soudain
qu’ on sent au creux de la poitrine
quand la main rencontre la main ;
hé bien ! Je sens, quand il résonne
au milieu d’ un monde étranger,
comme au toucher de ta personne,
cet étouffement passager.
Toute autre femme qui le signe
l’ usurpe à mes yeux, et pourtant,
si peu qu’ elle m’ en semble digne,
elle m’ attire en le portant ;
pour moi ton image s’ y lie
et prête son reflet trompeur
à ton homonyme embellie ;
je crois l’ aimer, mais sois sans peur :
je ne pourrais t’ être infidèle
avec des femmes de ce nom,
car ta grâce en mon coeur s’ y mêle,
grâce inséparable d’ un son ;
et quel autre nom de maîtresse
effacerait ce mot vivant
dont la musique enchanteresse
me fait redevenir enfant ?
Comme les passereaux accourent
à l’ appel câlin du charmeur,
à ce nom bien-aimé m’ entourent
mes premiers rêves de bonheur ;
et dans l’ âge où l’ amour se sèvre,
en deuil des printemps révolus,
j’ aurai sa caresse à la lèvre
quand les baisers n’ y seront plus.

Sully PRUDHOMME

 


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