Poème de l’amour.

 I

Ce fut long, difficile et triste
De te révéler ma tendresse ;
La voix s’élance et puis résiste,
La fierté succombe et se blesse.

Je ne sais vraiment pas comment
J’ai pu t’avouer mon amour ;
J’ai craint l’ombre et l’étonnement
De ton bel œil couleur du jour.
Je t’ai porté cette nouvelle !

Je t’ai tout dit ! je m’y résigne;

Et tout de même, comme un cygne,
Je mets ma tête sous mon aile…

II

Comprends que je déraisonne,
Que mon cœur, avec effroi,
Dans tout l’espace tâtonne
Sans se plaire en nul endroit…

Je n’ai besoin que de toi
Qui n’as besoin de personne !

III

Je voudrais bien qu’on départage
Le double vœu qui me combat:
— Je souhaite ne vivre pas,
Mais je veux revoir ton visage!

Certes, la mort est le seul lieu
Qui convienne à ce corps trop triste,
Mais il faut encor que j’existe :
Je ne peux pas quitter tes yeux!

L’espace, le ciel, la nature
Me plaisent moins que le tombeau;
Je n’aime plus nulle aventure,
Mais savoir que tu vis est beau

Savoir que tu vis, être sûre,
D’être seule à le savoir tant!
Dois-je te faire la blessure
De te rendre moins existant ?

Qui veux-tu qui jamais respire
Ton être avec tant de grandeur?
— Et songe que tu me fais peur,
À moi, la meilleure et la pire!…

IV

Quand mon esprit fringant, et pourtant aux abois,
A tout le jour souffert de sa force prodigue,
L’heure lasse du soir vient m’imposer son poids ;
Merci pour la fatigue !

Peut-être que la peur, l’orgueil, l’ambition
Peuvent, par leur angoisse aride et hors d’haleine,
Recouvrir un instant ma triste passion ;
Merci pour l’autre peine !

Rétrécissant sur toi le confus infini,
Je ne situais plus que ton cœur dans l’espace ;
Le sombre oubli des nuits te rend ta juste place;
Le sommeil soit béni !

Parfois, abandonnée à ma hantise unique,
J’ignore que le corps a ses humbles malheurs,
Mais la souffrance alors m’aborde, ample et tragique ;
Merci pour la douleur !

N’octroyant plus au temps ses bornes reposantes,
Tant le désir rêveur m’offre ses océans,
Tu me désapprenais la mort ; elle est présente ;
Merci pour le néant…

V

J’ai travesti, pour te complaire,
Ma véhémence et mon émoi
En un cœur lent et sans colère.

Mais ce qui m’importe le plus
Depuis l’instant où tu m’as plu,
C’est d’être un jour lasse de toi !

— Je perds mon appui et mon aide,
Tant tu me hantes et m’obsèdes
Et me deviens essentiel !
Je ne vois la vie et le ciel
Qu’à travers le vitrail léger
Qu’est ton nuage passager.
— Je souffre, et mon esprit me blâme,
Je hais ce harassant désir !
Car il est naturel à l’âme
De vivre seule et d’en jouir…

Anna de Noailles

 


2 commentaires

  1. Adeline dit :

    Bonjour,
    je ne sais pas comment proposer un poème dans un autre espace que le commentaire.
    Voici un petit texte écrit.
    Je voulais aussi saluer Julien, par lequel je suis arrivée sur votre site.J’espère que tout va bien pour lui. (Le poème ne lui est pas adressé -sourire)
    De bons moments à chacun.
    Nhésitez pas à me donner votre avis.

    Délivrante

    Je sais que la mer est belle et accueille.
    Je sais qu’elle est la musique et le vent.
    Je sais qu’il faille espérer et entendre.
    Le murmure de douleurs
    Mais je te dis attend
    Car j’espère en douceur

    Douceurs
    Des vibrations qui jamais ne se tendent
    Que chaque jour se tricote
    Pour demain
    Et encore
    Parcequ’il n’y a du temps
    Du temps qui dure encore
    Pour cette Fleur de Mâle en colère
    qui
    d’un regard fier se méprend

    Douceur
    Car ni demain ni hier ne seront
    celle que tu attends
    Car elle est en ton sein
    En ton coeur en ta chair
    La délivrante tolérance
    De maintenant

    Adeline

  2. Helen dit :

    Toujours aussi doux votre blog et magnifique écriture
    bravo

    Helen

    Dernière publication sur Méméring Blog : Retour de franck77

Répondre

Les terres arides de l'isol... |
L'anatra littéraire |
Les amis d'Athéna |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CONCOURS LITTERAIRES 17
| Dans l'ombre des étoiles
| Solédane dans ses rêves et ...