Archive pour octobre, 2008

Poème de l’amour.

XLI

Je bénis le sommeil, lui seul peut déformer
Par sa ténèbre étroite, habile et travailleuse,
Les traits de ton image où mon âme amoureuse,
Sachant tous tes défauts, ne voit rien à blâmer!

Je m’endors agitée, et, pareille aux voyages,
Débordante d’espoirs, d’attente, de projets;
Et puis, à mon réveil, engourdie encor, j’ai
La douceur de trouver ma raison lasse et sage.

Je ne souhaite rien; fidèle à mes soucis
Je songe tendrement à la tombe loyale
Où, descendue enfin dans la paix sans rivale,
J’oublierai les désirs dont j’ai souffert ici;

Et je ne cherche pas à me tromper moi-même
Sur le dur sentiment que tu m’as inspiré;
Non, je ne t’aime pas avec l’honneur sacré,
Avec l’esprit ravi! Non, pauvre homme, je t’aime…

Et si ton hésitant, faible et modique orgueil
Ne peut s’accommoder de l’animale flamme,
Moi, du moins, j’eus le droit de voir périr des âmes
Pour les lèvres, les bras, les noirs cheveux et l’œil !
XLII

Le bonheur d’aimer est si fort,

Étant seul la négation

Du quotidien et de la mort,

Que je n’ai, dans ma passion,

Dans cet amour que je ressens,

Vraiment jamais rien désiré,

Rien attendu, rien espéré,

Que mon désir éblouissant !

Vent pur des nuits suave abondance, moisson !
Flots d’air frais arrachés aux golfes des étoiles,
Espace palpitant qui fais comme une voile
Se gonfler dans mon cœur les rêves et les sons,

Pénétrez dans la chambre ennemie où repose
Le trésor éclatant d’un beau corps soucieux,
Et ramenez vers moi, plus parfait que la rose,
Le bleuâtre parfum qui flotte sur ses yeux!
XLIII

Faut-il que tu sois juste aussi,
Étant vivace et délectable?
Le soleil même, ample et précis,
Délaisse la rose ou l’érable;
— Qu’appelle-t-on être équitable?

Peux-tu nourrir également
Toutes les âmes qui t’appellent?
Dédaigne leurs tendres querelles :
Être aimé, c’est être clément.
— Que l’on vive en ta dépendance!
Quels sont ces vaniteux, ces rois,
Ces cœurs jaloux, ces fronts étroits,
Ces corps dépouillés de prudence
Qui se dirigent sans effroi
Vers cette aride pénitence
De s’être fâchés avec toi?…

XLIV

Les mots sans qu’on les craigne ont d’effrayants pouvoirs,
Ils sont les bâtisseurs hasardeux des pensées,
L’âme la plus puissante est parfois dépassée
Par ces rêves actifs que l’on voit se mouvoir.

— Laissons se balancer dans leur ombre décente
L’excessive tristesse et l’excessif besoin!
Confions le secret ou la hâte oppressante
Au silence sacré qui ne les livre point.

Un souvenir dormant cesse d’être coupable,
Tout ce qui n’est pas dit est innocent et vrai;
S’il consent à garder sa face sombre et stable
Le mensonge lui-même est un noble secret.

Ô Vérité tentante et qu’il faut qu’on esquive,
Monacale pudeur, effort, renoncement,
Sainteté des torrents retenant leur eau vive,
Solitude du cœur et de la voix qui ment!

Tendresse de la main qui parcourt et qui lisse
La vie atténuée et calme des cheveux,
Tandis que le désir se prive du délice
De déchaîner l’orage éloquent des aveux

Résolution pure, auguste et difficile
De n’accaparer pas l’esprit avec le corps,
De rester étrangers, pour que le plus fragile
Ne soit pas prisonnier de l’ineffable accord!

Feintise d’être heureux en dehors de l’ivresse,
Accommodation aux paisibles instants:
Plus que les cris, les pleurs, les secours, les caresses,
Vous êtes le mérite insondable et constant!
XLV

Ceux qui, hors du rêve et des transes
Par quoi le souffle est empêché,
Goûtent d’heureuses impudences,
Semblent par le sort protégés.
Nul dieu jaloux n’est attaché
A punir leur insouciance,

— Et peut-être que la souffrance
Est l’unique et sombre péché

Anna de Noailles.

Happy Halloween.

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