Archive pour décembre, 2008

Joyeux Nöel!

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Poème de l’amour.

XLVI

Ce n’est peut-étre pas le tribut que réclame
Un cœur profond et délicat,
Cet amour allongé qui vient comme une lame
Frapper la rive avec fracas.

Ne pouvant pas comprendre et juger ce qu’on aime,
On ne fait que doubler son cœur ;
On est comme on voudrait que l’on fût pour soi-même;
Mais l’abondance a ses erreurs!

— Ne livrons pas à ceux qu’un faible élan contente
L’univers que nous possédons;
Transmettre, en exultant, l’espace qui nous hante
Est un fardeau autant qu’un don.

La passion contient l’amour avec la hargne,
Et son orage est maladroit
Peut-être faudrait-il que parfois l’on épargne
Les cœurs étonnés d’être étroits!

Déguisons la fierté de nous sentir prodigues ;
— Que pèse notre orgueil du feu
Devant la pauvreté de notre être qui brigue
La faveur d’obtenir un peu!

Devenons attentifs à ces âmes choisies
Que l’on goûte à travers leurs corps
Contraignons, en souffrant, l’altière fantaisie,
— Aimer moins est si fort encor!

Il n’est pas, pour nouer une divine attache,
Que ces excès mal assainis.
— Mais vraiment, se peut-il qu’auparavant l’on sache
Que l’on blesse par l’infini?
XLVII

Puisque je ne puis pas savoir
Ce que tu penses, je t’écoute;
Ta voix en vain peut se mouvoir,
Je poursuis mon songe et mon doute.

Tu m’étonnes en étant toi,
En ayant ton élan, ta vie;
Je me sens toujours desservie
Par ce que tu prétends ou crois.

— Mais quelquefois, dans le silence,
Je sens, comme une calme chance,
Se révéler notre unité,
Et j’entends les mots que tu penses
Et que je n’ai pas écoutés…
XLVIII

Le courage est ce qui remplace
Ce que l’on désire, et parfois
Si ferme et si haute est sa foi
Qu’il s’enivre du vain espace.

Semblable à la musique, il sait
Envahir, leurrer, se répandre,
Mais il n’est qu’un mortel essai
Pour l’instinct véhément et tendre,

Car, dans les choses de l’amour,
Les seules exactes et sages
Et qui dédaignent tout détour,
Comment croirait-on au courage?
XLIX

On est bon si l’on est tranquille,
Content, indifférent, distrait;
Mais si, plié sur son secret,
L’esprit sent sa force servile,
Qui dira l’ardeur, la bonté,
D’un instant de méchanceté?
L

Quand l’argentine nuit se répand dans l’espace,
Quand l’homme sans soleil rentre dans ses maisons,
La terre fait monter à sa calme surface,
Ainsi qu’une amoureuse et secrète saison,
Le tumulte animal, délicat et vorace,
Qui semble avoir brisé de célestes prisons
Ou déchiré les rets d’une invisible nasse…

Comme un clair ricochet d’étoile sur les eaux,
Dont les lueurs seraient faiblement inégales,
Un crapaud, retiré dans la paix des roseaux,
Fait gonfler et crever entre de courts repos

Ses deux bulles d’air musicales…

— Invisibles, menus et pourtant solennels,
Les insectes, l’oiseau, les aromes s’emparent
De l’ombre, où leur éclat est confidentiel;
Ce grand fourmillement d’érotiques appels
S’entasse dans l’éther et pourtant se sépare,
Comme si le plaisir restait toujours avare
De son rêve exigu joint à l’universel;

— Si l’homme vient rêver parmi ces grands cantiques,
Quand l’animal désir, comme un sachet plus lourd,
Se suspend à la nuit, plus ample que les jours,
Et lui livre l’aveu exultant et pudique
De ses chants de métal, nets et mélancoliques,
Il demeure étonné, dans sa grandeur mystique,
D’avoir tous les pensers sans avoir tout l’amour!

Anna de Noailles

A la mémoire de…

 

 

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