Archive pour janvier, 2010

Rosées.

Je rêve, et la pâle rosée
Dans les plaines perle sans bruit,
Sur le duvet des fleurs posée
Par la main fraîche de la nuit.

D’où viennent ces tremblantes gouttes ?
Il ne pleut pas, le temps est clair ;
C’est qu’avant de se former, toutes,
Elles étaient déjà dans l’air.

D’où viennent mes pleurs ? Toute flamme,
Ce soir, est douce au fond des cieux ;
C’est que je les avais dans l’âme
Avant de les sentir aux yeux.

On a dans l’âme une tendresse
Où tremblent toutes les douleurs,
Et c’est parfois une caresse
Qui trouble, et fait germer les pleurs.

Sully Prudhomme.

Poème de l’amour.

LVI

Certes tu n’étais pas créé pour moi, cher être,
Mais je le croyais, par désir!
Ma raison disait: non; mon cœur disait: peut-être!

Et l’on tâche à ne pas mourir!

LVII

Enfin la première nuit froide
Plus de vents dansants, amollis.
L’atmosphère est tendue et roide,
Le beau ciel d’argent dépoli
Allonge sa paix où se creuse
Le puits des étoiles neigeuses.
— Va-t-il enfin me protéger,
Ce climat soudain sans tendresse,
De ton beau visage étranger
Sur lequel mon amour s’abaisse
Comme ces œillets las, déteints,
Qu’englobent les pleurs du matin?…

LVIII

J’ai puissamment goûté l’orgueil
D’avoir reçu de la nature
L’éclat bondissant d’un bel œil,
Archer double de la figure;

J’ai souvent, devant des miroirs,
Ressenti la force contente
De m’arrêter, d’apercevoir
Une héroïne palpitante;

Mais combien faible est la valeur
D’un visage pur et vainqueur,

Alors que je t’offre un tel cœur!

LIX

Tu sais, je n’étais pas modeste,
Je n’ignorais pas les sommets
Où je vivais, puissante, agreste;
Rêveuse, universelle, — mais

J’ai soudain vu sur ton visage
Un clair et vivant paysage,
Où, morne, insensible, lassé,
Tu m’as défendu de passer…

LX

Je ne puis jamais reposer
Mon esprit, qui, de loin, contrôle
Le souci qui vient t’épuiser,
L’ennui qui pèse à ton épaule.
Jamais je n’ignore un instant
Que tu respires, parles, rêves;
J’éprouve, triste combattant,
La nécessité d’une trêve !

— Ah! j’aurais besoin que parfois,
Dans une calme et longue aurore,
L’univers m’apparût sans toi,
Et ne t’eût pas fait naître encore!

Anna de Noailles

Bonnes fetes.

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