Archive pour 2 janvier, 2010

Poème de l’amour.

LVI

Certes tu n’étais pas créé pour moi, cher être,
Mais je le croyais, par désir!
Ma raison disait: non; mon cœur disait: peut-être!

Et l’on tâche à ne pas mourir!

LVII

Enfin la première nuit froide
Plus de vents dansants, amollis.
L’atmosphère est tendue et roide,
Le beau ciel d’argent dépoli
Allonge sa paix où se creuse
Le puits des étoiles neigeuses.
— Va-t-il enfin me protéger,
Ce climat soudain sans tendresse,
De ton beau visage étranger
Sur lequel mon amour s’abaisse
Comme ces œillets las, déteints,
Qu’englobent les pleurs du matin?…

LVIII

J’ai puissamment goûté l’orgueil
D’avoir reçu de la nature
L’éclat bondissant d’un bel œil,
Archer double de la figure;

J’ai souvent, devant des miroirs,
Ressenti la force contente
De m’arrêter, d’apercevoir
Une héroïne palpitante;

Mais combien faible est la valeur
D’un visage pur et vainqueur,

Alors que je t’offre un tel cœur!

LIX

Tu sais, je n’étais pas modeste,
Je n’ignorais pas les sommets
Où je vivais, puissante, agreste;
Rêveuse, universelle, — mais

J’ai soudain vu sur ton visage
Un clair et vivant paysage,
Où, morne, insensible, lassé,
Tu m’as défendu de passer…

LX

Je ne puis jamais reposer
Mon esprit, qui, de loin, contrôle
Le souci qui vient t’épuiser,
L’ennui qui pèse à ton épaule.
Jamais je n’ignore un instant
Que tu respires, parles, rêves;
J’éprouve, triste combattant,
La nécessité d’une trêve !

— Ah! j’aurais besoin que parfois,
Dans une calme et longue aurore,
L’univers m’apparût sans toi,
Et ne t’eût pas fait naître encore!

Anna de Noailles

Bonnes fetes.

bonnesfetes.jpg

Les terres arides de l'isol... |
L'anatra littéraire |
Les amis d'Athéna |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CONCOURS LITTERAIRES 17
| Dans l'ombre des étoiles
| Solédane dans ses rêves et ...