Archive pour mars, 2011

Poème de l’amour.

LXVI

Un soir où tu ne parlais pas,
Où tu me regardais à peine,
Mes yeux erraient à petits pas
Sur ton visage aux belles peines,

Et j’ai fait avec ton ennui
Un étrange et mystique pacte
Où tout me dessert et me nuit;
Et, depuis, mes rêves, mes actes,
A travers les jours et les nuits,
L’éloignement, l’atroce ennui,
S’en vont, résolus, invincibles,
Vers ton corps que j’ai pris pour cible…
LXVII

Moi seule je connais ta langoureuse allure,
Tous les autres regards peuvent bien s’y tromper.
Mais j’ai surpris (ô juin, par l’orage estompé!)
Comme un cristal où git l’invisible fêlure,
Ton rire épanoui, d’angoisse entrecoupé…
LXVIII

Je n’ai besoin, de toi, que toi-même! sans l’âme,
Sans l’amitié, la voix, le plaisir, le bonheur!
Hélas! de t’avoir vu triste m’a fait si peur
Que de ton cœur muet mon désir ne réclame
Que l’humble instant sans paix, sans consolation,
Où mon esprit troublé, qui meurt de passion,
Contemple avec une ample et radieuse aisance
Le miracle restreint de ta triste présence…
LXIX

Si vraiment les mots t’embarrassent,
Ne dis rien. Rêve. N’aie pas froid;
C’est moi qui parle et qui t’embrasse;
Laisse-moi répandre sur toi,
Comme le doux vent dans les bois,
Ce murmure immense, à voix basse…
LXX

Pareils à l’Océan qui dans sa force trouble

Contient un orage inconnu,

Tes yeux de sombre azur sont pleins de lueurs doubles,

Jamais ils ne me semblent nus.

Je ne connais pas bien ces lieux de ma misère

Et de ma longue attention;

Ainsi que sur la lande aux chardons aigus, j’erre,

Me blessant aux déceptions.

— Hélas ! J’étais puissante, attentive, précise,

Mais où toucher ton cœur amer?

À présent je ressemble à ces femmes assises

Guettant les barques sur la mer.

J’attends qu’une heure sonne à quelque vague horloge,

Que je ne sais où situer;

Je souffre dans mon cœur indomptable où se loge

L’espoir, que tu ne peux tuer!

— Et pourtant, cher esprit où s’ébattent des ailes,

J’aime mieux ne jamais connaître les nouvelles

Que renferme ton front têtu,

J’appréhende le mot par qui le cœur chancelle…

Merci de t’être toujours tu!

Anna de Noailles.

Quand je t’aimais…

Quand je t’aimais, pour toi j’aurais donné ma vie,

Mais c’est toi, de t’aimer, toi qui m’ôtas l’envie.

A tes pièges d’un jour on ne me prendra plus ;

Tes ris sont maintenant et tes pleurs superflus.

Ainsi, lorsqu’à l’enfant la vieille salle obscure

Fait peur, il va tout nu décrocher quelque armure ;

Il s’enferme, il revient tout palpitant d’effroi

Dans sa chambre bien chaude et dans son lit bien froid.

Et puis, lorsqu’au matin le jour vient à paraître,

Il trouve son fantôme aux plis de sa fenêtre,

Voit son arme inutile, il rit et, triomphant,

S’écrie : « Oh ! que j’ai peur ! oh ! que je suis enfant ! »

Alfred de Musset.

heureux carnaval.

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