Archive pour juillet, 2011

Conte de l’amour et du temps.

Il était une fois, une île où tous les différents sentiments vivaient : le Bonheur, la Tristesse, le Savoir, ainsi que tous les autres, l’ Amour y compris.

Un jour on annonça aux sentiments que l’ île allait couler. Ils préparèrent donc tous leurs bateaux et partirent. Seul l’Amour resta. L’Amour voulait rester jusqu’au dernier moment. Quand l’île fut sur le point de sombrer, l’Amour décida d’appeler à l’aide.

La Richesse passait à côté de l’Amour dans un luxueux bateau. L’Amour lui dit , « Richesse, peux-tu m’emmener ? », « Non, car il y a beaucoup d’argent et d’or sur mon bateau. Je n’ai pas de place pour toi. »

L’Amour décida alors de demander à l’Orgueil, qui passait aussi dans un magnifique vaisseau, « Orgueil, aide-moi je t’en prie ! ». « Non, je ne peux t’aider, Amour. Tu es tout mouillé et tu pourrais endommager mon bateau. »

La Tristesse étant à côté, l’Amour lui demanda, « Tristesse, laisse moi venir avec toi ? ». « Non, Oooh..Amour, je suis tellement triste que j’ai besoin d’être seule ! ».

Le Bonheur passa aussi à côté de l’Amour, mais il était si heureux qu’il n’entendit pas l’Amour l’appeler !.

Soudain, une voix dit, « Viens Amour, je te prends avec moi ? »

C’était un vieillard qui avait parlé. L’Amour se sentit si reconnaissant et plein de joie qu’il en oublia de demander son nom au vieillard. Lorsqu’ils arrivèrent sur la terre ferme, le vieillard s’en alla. L’Amour réalisa combien il lui devait et demanda au Savoir « Qui m’a aidé ? ».

« C’était le temps » , répondit le Savoir.

« Le temps ? » s’interrogea l’Amour. « Mais pourquoi le Temps m’a-t-il aidé ? ».

Le savoir sourit plein de sagesse et répondit :

« C’est parce que seul le Temps est capable de comprendre combien l’Amour est important dans la Vie. »

Contes et légendes de Chine.

Une lettre de femme.

Les femmes, je le sais, ne doivent pas écrire ;
J’écris pourtant,
Afin que dans mon coeur au loin tu puisses lire
Comme en partant.

Je ne tracerai rien qui ne soit dans toi-même
Beaucoup plus beau :
Mais le mot cent fois dit, venant de ce qu’on aime,
Semble nouveau.

Qu’il te porte au bonheur ! Moi, je reste à l’attendre,
Bien que, là-bas,
Je sens que je m’en vais, pour voir et pour entendre
Errer tes pas.

Ne te détourne point s’il passe une hirondelle
Par le chemin,
Car je crois que c’est moi qui passerai, fidèle,
Toucher ta main.

Tu t’en vas, tout s’en va ! Tout se met en voyage,
Lumière et fleurs,
Le bel été te suit, me laissant à l’orage,
Lourde de pleurs.

Mais si l’on ne vit plus que d’espoir et d’alarmes,
Cessant de voir,
Partageons pour le mieux : moi, je retiens les larmes,
Garde l’espoir.

Non, je ne voudrais pas, tant je te suis unie,
Te voir souffrir :
Souhaiter la douleur à sa moitié bénie,
C’est se haïr.

Marceline Desbordes-Valmore.

Je t’aime, loin de toi …

Je t’aime, – loin de toi ma pensée obstinée,
Et, par l’instinct d’amour à l’amour ramenée,
Revient vers toi, voltige alentour de ton cou,
De tes yeux, de tes seins, comme un papillon fou,
Et, grise de tourner dans ton cercle de femme,
Reste des jours entiers sans rentrer dans mon âme…

Je t’aime, et, malgré moi, je m’en vais par les rues
Où flotte un souvenir des choses disparues,
Où je sens, pénétré d’amère volupté,
Qu’encore un peu de toi dans l’air tendre est resté,
Où ton passage embaume encor, où je respire
Je ne sais quoi qui garde encor de ton sourire.

Mon coeur est tout pareil à ces matins voilés
D’automne où le soleil des beaux jours en allés,
Vaporeux à travers le ciel mélancolique,
Épanche une langueur de lumière angélique…

Ainsi mon coeur. Ah ! Si, comme aux soirs de jadis,
Tu plongeais dans mes yeux tes yeux de paradis,
Va, tu n’y trouverais nul grand air ridicule
Mais de l’amour, mais un amour de crépuscule
Pâle et voilé, couché sur un cher souvenir,
Qu’enivre, tristement, la douceur de mourir.

Albert Samain.

Doux moment.

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Si quelqu’un veut savoir qui me lie et enflamme.

Si quelqu’un veut savoir qui me lie et enflamme,
Qui esclave a rendu ma franche liberté,
Et qui m’a asservi, c’est l’exquise beauté,
D’une que jour et nuit j’invoque et je réclame.

C’est Le feu, c’est Le noeud, qui lie ainsi mon âme,
Qui embrase mon coeur, et le tient garotté
D’un lien si serré de ferme loyauté,
Qu’il ne sauroit aimer ni servir autre Dame.

Voilà le Feu, le Noeud, qui me brûle, et étreint :
Voilà ce qui si fort à aimer me contraint
Celle à qui j’ai voué amitié éternelle,

Telle que ni le temps ni la mort ne sauroit
Consommer ni dissoudre un lien si étroit
De la sainte union de mon amour fidèle.

Etienne Jodelle.

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