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Petit catalogue des bisous.

Le baiser inaugural
Les 2 bouches se collent l’une contre l’autre sans bouger.

Le baiser frémissant
La lèvre inférieure de la femme pénètre la bouche de son amant.

Le baiser frotté
La jeune fille lèche la lèvre inférieure de son amant en lui tenant les mains. Elle a les yeux fermés.

Le baiser appuyé
L’amant tient entre 2 doigts la lèvre inférieure de son amoureuse et embrasse fermement la lèvre pressée dans le creux créé entre ses lèvres.

Le baiser enveloppé
L’un des 2 amants attrape les deux lèvres de son amant dans les siennes.

Le baiser mouillé
L’un des 2 amants caresse avec sa langue les lèvres, les dents, la langue de son/sa partenaire.

Tous ces baisers peuvent être pratiqués avec des variantes : ordinaire (de face), oblique (têtes penchées), retourné (le visage de l’autre est tourné avec les mains).

Les gros pièges à éviter
Pas la peine de te presser, respire, c’est la base de tout. Prends ton temps pour approcher de sa bouche, caresser ses lèvres avec les tiennes avant d’introduire ta langue.

A ce moment là, pas la peine d’ouvrir au maximum à s’en décrocher la mâchoire, ni de fouiller sa bouche à la recherche de ses amygdales. Tu risques de l’asphyxier.

Ne cherche pas non plus à battre le record du monde du plus long baiser. Reprends ton souffle pour mieux recommencer.
Reste cool, prends ton temps et progressivement ton petit corps va se rapprocher du sien, dans un élan fusionnel. Le baiser est le 1er des préliminaires, c’est une porte ouverte…à la suite.

Les baisers qui nous hantent.

Quelle peut bien être notre expérience des baisers ?
Quels sont les baisers qui marquent nos mémoires au fer rouge et qui longtemps après nous mettent dans des états indicibles ?
Les baisers dont on cultive parfois de manière maniaque le souvenir ?
Le baiser que l’on recherche dans tous les autres ?
Le baiser avec lequel on trompe tous ses partenaires avec le réel plaisir de ne songer qu’à celui-là ?

La légende des baisers, qui imprègne fortement une littérature et un cinéma à l’eau de rose, veut que ce soit le premier baiser, le baiser de l’adolescence, le baiser tant espéré et bien souvent maladroitement obtenu ou donné, le baiser de la virginité et des premiers pas de la défloraison, le baiser de l’innocence, le baiser quand la sexualité reste une grande inconnue et un continent à découvrir, le baiser unique dans son genre et sans retour possible, le premier baiser d’une longue série comme une course pour revivre cette éternité-là, le baiser à ou de quelqu’un d’autre qui n’est pas «  le même  », qui n’est pas de la famille, le baiser de/à l’autre, de/à l’Autre fantasmé, tant désiré, présent dans tous les scénario du Désir, le baiser qui fait vivre la première expérience de l’Autre et de l’Ailleurs, de la première exogamie, qui a des saveurs de transgression d’interdits et de continents inconnus à déchiffrer.

Est-ce bien vrai ? N’est-ce pas un argument commercial ?

Le baiser qui nous hante, n’est-il pas plutôt celui que l’on a tant attendu et que l’on n’a pas obtenu ?

N’est-il pas celui que l’on a espéré comme un signe du destin, une élection particulière, celui avec lequel et pour lequel tout se jouait : la vie, la mort, l’espoir, le désespoir, celui pour lequel et contre lequel on aurait tout donné, tout abandonné ?

 On le dit, on se le dit et on ne cesse de se le répéter, avec sur les lèvres le goût de l’aventure qui ferait de nous le héros d’une grande et belle histoire d’amour, de l’amour absolu ou les saveurs du sacrifice suprême comme le destin du christ pour l’amour de l’Humanité. On se raconte cette histoire qui n’est qu’une fiction et qui jette un halo d’amertume sur tous les petits bonheurs du jour, qui nous fait oublier toutes nos lâchetés du jour si semblable au premier jour, le lendemain du jour du baiser attendu et pas obtenu, qui efface en notre mémoire la toute première lâcheté alors qu’on s’était juré d’en mourir.

Et tout naturellement le baiser maternel tant attendu et que l’on n’a pas obtenu parce que maman a autre chose à faire (Grand Dieu ! Quoi ! quand il en va du bonheur de son enfant !), d’autres personnes à s’occuper et n’a d’yeux que pour papa et préfère lui obéir, lui !qui ne veut pas comprendre les besoins de son enfant, l’égoïste ! Ce baiser-là précisément, qui s’inscrira tant par son désir, son besoin, son irrépressible nécessité, dans les fibres les plus serrées et les plus profondes de notre être au point de nous donner une sensation de soi qui nous fait ressembler à l’oisillon tombé du nid, à un être d’une fragilité foncière, toujours dans le risque d’être à la merci du premier quidam qui saura nous refuser un petit rien mais si essentiel à cause de ce manque originel.

Et tous les autres baisers, quels sont-ils ?

Des baisers pour se risquer un peu plus loin dans les abandons nécessaires vers la sexualité. 

Des baisers donnés dans l’ivresse d’un moment, d’un rire, d’une promesse dont on ne s’étonnera pas qu’elle ne soit pas tenue.

Des baisers dans les vapeurs d’une nuit qui ne finit pas d’être obscure au point de nous faire oublier toutes les règles que, le jour venu et tout le jour, on se jure de ne jamais transgresser, parce qu’il ne faudrait pas imaginer que l’on est ce que l’on n’a pas envie d’être et que pourtant, on le sait, on est de toutes les façons.

Des baisers parce que quelqu’un a eu l’audace ou la duplicité de nous dire je t’aime pour toutes les raisons que l’on sait bien de circonstances mais l’occasion de s’en laisser croire est trop rare et trop bonne… et on ne sait jamais : je suis peut-être ce qu’il dit que je suis !

Des baisers que l’on donne pour un oui et pour un non, joue contre joue, avec cet air de ne pas être dans le coup ou d’insister dans l’aspect de la courtoisie alors que le contact de la peau de l’autre nous fait espérer une tendresse infinie.

Des baisers qui nous dégoûtent malgré toutes les marques d’affection de l’autre et les plaisirs qu’il y prend et peut-être uniquement pour cela.

Des baisers lamentablement stéréotypés du travail, des rencontres ritualisées à en mourir.

Des baisers à et de celui dont on pense qu’il ne pense qu’à cela puis à bien d’autres choses.

Des baisers irrépressibles parce que l’on a la bêtise de tomber amoureux de tout ce qui porte lèvres et sexe désiré, jusqu’à être dégoûté de soi.

Des baisers qui font peur car alors on « voit  » des bouches, des bouches avec des rangées de dents à mordre toute la chrétienté sans coup férir et pour le plaisir démoniaque de la morsure et de la souffrance ainsi donnée, des langues prêtes à vous happer vers des profondeurs lugubres et fermentées, débordantes de salive dont l’idée que l’on s’en fait nous rappelle l’excrémentiel, des haleines à ne pas pouvoir contraindre une envie de vomir.

Et peut-être les baisers que l’on a vus en cachette, ou hasard d’une rencontre fortuite, le baiser surpris qui a fait de nous un voyeur à l’impitoyable et irreversible culpabilité !

Le baiser de cinéma inattendu : plan-contreplan, plan remontant, plan en plongée… et plongée dans le regard du héros comme si ses yeux ne voyaient que nous, les lèvres tendues de l’héroïne vers les nôtres.. inexorablement… et dans l’oreille sa voix déjà un peu rauque car déjà alourdie du poids de la jouissance à venir, qui s’arrête sur un râle si reconnaissable !

Le baiser, une histoire de bouches !

Le baiser : des histoires de bouches et de désirs, d’envies,  d’envie de mordre.

La bouche, les lèvres sont dans un grand nombre d’expressions qui disent bien ce qu’elles ont à dire. Elles parlent ; «  ça parle  » et ça parle de tous les stades de la construction de la vie psychique. Du bébé qui en a plein la bouche du sein qu’il demande, qu’il recherche, auquel un jour (quel jour !) il devra renoncer.

Du bébé qui de ses lèvres et de sa langue pratiquera le mouvement des lèvres qui n’est autre que celui de la succion, qui longtemps confondra succion des lèvres et le plaisir de saisir le sein, et dévorer, déglutir, manger, ..

Du bébé qui, dans l’attente du sein saisira son pouce ou tout autre partie de lui-même qui soit accessible à ses lèvres, l’introduira dans la bouche, exercera sur lui toutes les pressions de la succion.

Du bébé sur les lèvres duquel vous apposez votre joue et qui vous baise de ce mouvement de succion humide et d’une force aspirante étonnante, parfois jusqu’aux mordillements douloureux des gencives qui laisse sur la peau une trace bleu pâle.

Du bébé que la mère,

-lors de l’allaitement, dévore des yeux,

-puis à la toilette, mange de baisers sous ses rires éclatants et tridents en rafale, et qui introduit des parties de son corps dans la bouche tout en s’esclaffant «  je le mange ! je te mange ! je t’aime ! j’aime manger mon bébé ! c’est tout tendre un bébé !  » Etc.,.. sous ses rires et enfin dans le silence interloqué de l’enfant qui repousse la bouche dévorante de toute son énergie.

Du bébé qui découvre le monde et les objets qui l’entourent, qu’il ne cesse de porter à la bouche, qu’il enfouit dans la cavité de la bouche comme si découvrir et connaître le monde c’était se l’approprier, l’enfouir dans la cavité buccale.

De l’amant qui dans l’élan de la pulsion amoureuse ne voit plus, ne sent plus, ne désire plus que l’incarnation de la personne de l’autre, sa chair.

De l’amant qui touche, palpe, caresse, respire, lèche, tète, suce, mordille, mord, pince des lèvres jusqu’au sang la chair de l’autre, le corps désiré, se repaît de ses sucs,… tout comme ces ogres des contes d’enfant.
De l’amant qui, le désir satisfait, la jouissance assouvie, la faim abolie, revient à la réalité du corps de l’autre et de l’interdit de le dévorer, dans une quiétude qui le laisse dans un sentiment étrange : il a été, il aurait pu être, l’ogre de ses terreurs infantiles.
De l’amant dont le désir de dévoration a mis « hors de lui  » et qui découvre en lui le cannibale qui sommeillait et dont l’énergie, au réveil, le laisse pantois.
De l’amant qui, à la fin des fins, sent en lui, alors que l’ivresse de la jouissance s’éloigne, se remettre en place toutes les phobies du contact de la chair de l’autre et des autres au point de l’inquiéter de l’Autre, cannibale, qu’il peut être sous l’énergie du désir du corps de l’autre.

De l’amant qui pense le sexe de l’autre comme une bouche ou à mettre en bouche, une cavité sans fond ou à dévorer absolument, qui, dans une faim qui ne paraît jamais assouvie, fait du sexe de l’autre une bouche à remplir jusqu’aux réflexes du vomissement, du corps qui refuse une telle intrusion.

De l’amant qui réprime son désir impossible à assouvir de dévoration, avale la vie, le monde, les connaissances, les activités dans un appétit féroce, jamais assouvi, dans une boulimie qui ne le laisse jamais au repos, …. Hors les moments où il a été l’ogre, hélas, contrarié de l’autre et de son corps désiré.

L’amant qui n’aime que les romans et les films de vampire et d’araignée qui apposent leur baiser dans le cou de leurs amours impossibles.

De l’amant que la vue de toute viande rend nauséeux à trop réprimer son désir de la chair de l’autre, qui fuit la table, qui retient son souffle, qui refuse toute expiration, qui clôt la bouche, scelle les lèvres. L’amant mutique de toute autre vie. L’amant qui vit dans les terreurs de ses appétits, de l’animal omnivore qu’il découvre en lui, de l’ogre qu’il est finalement.

Le personnage narcissique qui n’aime que les attouchements de ses lèvres sur la peau de sa main, qui aime sa chair ramollie par l’eau trop chaude du bain et la mordille, qui renifle sa peau comme un animal la proie qu’il vient de tuer et qui est encore chaude de sa vie, qui entre en lui pour méditer ou réfléchir s’aidant de la caresse de sa main sur ses lèvres

Le baiser est ainsi la métamorphose libidinale d’actes de la vie courante, du fonds de la condition humaine, des temps oubliés et des moments refoulés qui nous rappellent notre « nature  » : manger, mordre, dévorer, déglutir, incorporer,… Il y a de la jouissance à l’accomplissement de ces actes répétitifs. Le baiser est à l’acte d’engloutir, de s’emparer par la bouche, ce qu’est l’asymptote à l’infini : une approche où on se cesse de tendre vers l’infini tout en y renonçant car il y a quelque chose d’impossible dans cette entreprise…
Ainsi soit-il du désir de l’autre et de son incarnation, et l’amour de sa personne.

Le baiser est une liberté : il est appropriation et renoncement à la mainmise.

 

Le baiser est une culture : il est Nature et Désir.

Le triomphe du baiser !

Notre époque a divisé la vie de individus en deux parts, la vie publique et la vie privée. Le baiser se partage entre ces deux secteurs.

La vie publique est l’aire de la poignée de mains entre hommes, du baiser joue contre joue avec un léger claquement des lèvres dans l’air, entre femmes, et selon le degré affiché d’affection et de l’idée de ce qui est partagé, entre un homme et une femme.

La vie privée a le privilège du baiser où le contact est non seulement autorisé mais il est recherché.

Le baiser sur la joue : les lèvres apposées sur la peau de l’autre, le mouvement des lèvres qui sur la peau de l’autre esquissent le mouvement de mordre réprimé, les dents en retrait, les lèvres écrasées contre la chair de l’autre, dans une humidité également retenue, et dans un bruit de chuintement qui doit, si proche de l’oreille, ravir. Il est pratiqué entre hommes, entre femmes, entre homme et femme, entre adulte et enfant. Il est signe d’appartenance à la même communauté : famille, famille élargie aux amis considérés comme les plus proches et avec lesquels se partage l’intimité.

Le baiser de cette sorte est le signe de l’intimité et de son partage.

Ce partage de l’intimité est essentielle dans le contenu donné aux relations qui se nouent dans la sphère de la vie privée. Le baiser est la clef qui permet d’accéder à ce partage. La forme du baiser, son degré d’intensité, disent ce qu’il en ait quant à ce qui est partagé, la part d’intimité mise au partage.

Il est le langage d’une interaction et d’une interactivité, entre deux ou plusieurs individus, qui constituent ensemble une communauté plus imaginaire que réelle, plus affective que fermée sur des liens dits de sang, même si le baiser est d’emblée de droit et l’intimité familiale forcément en partage.

Le baiser de cette sorte est partagé avec l’animal domestique, chien et chat, que l’on affuble de diminutifs destinés habituellement aux personnes avec lesquelles l’intimité est partagée.

Le baiser est aussi une indication donnée aux autres, à ceux qui sont tenus à l’extérieur de cette intimité ou qui n’en ont pas le même partage, leur négative différence, ils ne sont de cette intimité-là.

L’intimité prend figure, dorénavant, «  d’ un monde  » à part entière avec ses lois et règles, ce mode d’insertion comme d’exclusion, ses symboles et ses langages. Et comme monde à part, il rivalise, dans l’esprit de beaucoup d’individus, avec «  l’autre monde  », la vie sociale et publique, au point parfois de s’imposer comme système de valorisation des individus au détriment des valeurs anciennes de «  l’autre vie  » quand il ne s’y substitue pas et impose ses propres « lois » : la «  réussite sociale  » si prisée aux débuts du siècle ne vaut plus aujourd’hui comme symbole d’une carrière menée à son objectif, mais comme élément d’un train de vie.

Le baiser donné par des jeunes filles choisies à cet usage au vainqueur de l’étape du Tour de France, par exemple, les congratulations des joueurs d’une équipe vis à vis de celui qui vient de leur donner un point décisif décrit la congratulation familiale quand l’un des membres permet de distinguer la famille : le bac, les examens et concours, le permis de conduire,…

Le baiser de l’intimité heureuse et réussie, le baiser d’amour ou du joue à joue familiale et/ou de l’amitié envahit les scènes publicitaires.

Le baiser de l’enfant Marcel Proust est la parfaite illustration du baiser joue à joue d’affection, qui conjure les terreurs nocturnes et permet le sommeil, qui marque l’attachement d’une mère à son enfant. Marque de tendresse. Il préserve l’intimité et réaffirme, si besoin est, que l’enfant est dans cette enveloppe d’intimité qui embrasse toute la famille à partir de la mère.

Les tentatives du père pour cesser cette comédie marque bien la nécessité où sont les pères de guider leur fils vers la vie sociale où les marques de tendresse n’ont plus cours, où être un homme est faire la preuve du sevrage de cette intimité qui maintient l’enfant dans le giron des femmes.

Par rapport à l’accès du corps de l’autre, le baiser d’affection est strictement codé : les parties du corps accessibles ou offertes sont bien précises.

Avec le baiser amoureux, celui qui introduit à l’érotisme, l’accès au corps de l’autre ou l’offre du sien, est codé tout différemment. Il est le signe de cet «  abandon  ». Il signifie la passion et ses «  débordements  » ; ainsi en public, il gêne car il suggère trop les autres parties du corps qui sont offertes, il «  dénude  », il est la métaphore du congrès des sexes en même temps qu’il l’annonce ou l’autorise : ce qui est renforcé par le glissement sémantique du mot vers le verbe.

Le baiser sur les lèvres, dans la recherche du contact des chairs, rentre dans une tout autre codification, celle des caresses, celle où la main ou les lèvres de l’un se font chair pour porter la chair de l’autre dans l’incandescence de la jouissance, et réciproquement.

Le baiser érotique sur la bouche est à la fois instrument et sujet de la recherche de la jouissance.

Le baiser,son histoire.

Dans l’histoire des sociétés occidentales (Antiquités, Moyen Âge), le baiser a été d’abord une affaire d’hommes et d’hommage social. La Bible nous révèle le goût hébraïque pour les baisers. Puis, peu à peu et surtout depuis la Renaissance, une affaire d’amour entre homme et femme. Pour devenir aujourd’hui, l’expression de l’intimité, de l’affection et de l’Amour, de la sensualité amoureuse : tout commence par un baiser sur les lèvres, sur la bouche, le baiser de l’aveu de l’amour comme le baiser qui entame le chapitre des préludes et des caresses. L’histoire du baiser et des baisers est ainsi l’histoire du retrait progressif du baiser du rite social, du rite de la vie publique, de son dépérissement des conventions qui organisent et donnent sens aux gestes et aux échanges nécessaires de la vie sociale et publique, pour codifier l’échange amoureux et sensuel.

Même s’il s’affiche publiquement (les amoureux sur les bancs publics, les affiches de cinéma, la publicité, les magasines,…), il reste uniquement expression de l’intime.

Le baiser des Sociétés Antiques.

Une précision préalablement : aucun baiser n’apparaît sur les murs des cavernes, dans les manifestations connues à ce jour de l’Art rupestre, ni dans l’Art funéraire de l’Homme Néandertalien, ni des début de l’Homo Erectus,… Même si le réalisateur du film « la Guerre du Feu  », le suggère très fortement. Les lèvres, la bouche, sont-elles des zones érogènes absolues ?

Il n’apparaît pas non plus dans les manifestations connues à ce jour des arts et autres symboles des sociétés antérieures à celles de l’Antiquité, celles qui sont considérées aujourd’hui comme fondatrices de nos cultures et de notre civilisation. Les Arts sumériens, mésopotamiennes comme pharaoniques de la société égyptienne dont nous sommes actuellement si friands ne représentent rien du baiser sur les lèvres ou de ce qu’il pourrait y ressembler. N’était-il pas pratiqué ? C’est une autre histoire même si les représentations de la fécondité sont nombreuses et souvent sublimes.

En revanche, la société juive à l’aube de son histoire a peut-être inventé le baiser comme nous le connaissons. En effet, la Bible, est le premier ouvrage qui évoque le baiser. Une recherche lexicographique détermine un peu plus de 40 occurrences dans l’Ancien Testament. Ainsi, le premier baiser serait-il entre juifs ?

Une observation et une lecture attentives de la Bible permettent de découvrir toutes les formes de baiser sur la bouche connues et pratiquées dans l’Histoire.

Tout d’abord et avant toute chose, le baiser de Dieu, le baiser sans lequel il n’est rien de possible.

Quand Dieu créa l’Homme, il donne vie à un être de glaise par un baiser : il lui insuffle ainsi par la bouche vie, âme et amour de son Créateur. Dieu créa la femme de la côte d’Adam ! Est-ce là la véritable et fondamentale différence ?

Quand Laban accueille son neveu Jacob, on lit : «  Il le prit dans ses bras et, l’ayant baisé plusieurs fois, le mena en sa maison  ». Le baiser de salutation entre hommes d’une même famille, d’une même tribu.

«  Moïse, étant allé au-devant de son beau-père, se prosterna et le baisa ; ils se saluèrent avec des paroles de paix.

Et Jethro entra dans la tente de Moïse.  »

Le baiser de salutation s’accompagne de geste de révérence. Il situe l’un par rapport à l’autre. Il résume la convenance et la distance sociales.

Le baiser du pardon, de la réconciliation et de la paix retrouvée : David baisa Absolom et le pardonne ainsi du meurtre d’Amnon.

« Qu’il me baise des baisers de sa bouche »?

« Tes lèvres,ô fiancée, distillent le miel vierge.

Le miel et le lait sont sous ta langue… »

Le Cantique des cantiques est peut-être la plus belle preuve de l’invention du baiser amoureux. Et il est des temps bibliques. Il est aussi le seul texte où il n’est pas question de Dieu. Seul l’amour de la Sulamite pour le roi et son Roi le justifie. Et de l’Amour, il n’est question que du baiser sur les lèvres, de toutes ses saveurs dans les métaphores de la société hébraïque aux temps de la création de la tradition juive.

Le manquement, le baiser oublié, est un acte grave : Jésus, le maître des apôtres, reproche à Simon-Pierre de ne pas l’avoir baisé comme il aurait fallu dans sa posture de maître !

Juda convient avec ses complices romains qui ont pour mission d’arrêter le Christ qu’ils le reconnaîtront par le baiser dont il l’honorera.

Le baiser sur la bouche est ainsi très important dans la société juive des temps bibliques à l’époque de Jésus.

Les Perses ont été de grands fervents du baiser entre hommes, du baiser social entre pairs. Il était l’expression de l’égalité sociale dans une société très hiérarchisée et dont les codes étaient alors foisonnants, précisément afin de marquer la place de chacun et sa reconnaissance par tous les autres.

Cette place du baiser sur la bouche qui marque l’égalité sociale, aux côtés d’autres : baiser des pieds, du bas du vêtement, de la main, du poignet, du front, etc.,… organisera très fortement les échanges sociaux jusqu ’au Moyen Age de nos sociétés occidentales, voire dans certaine institutions comme l’Eglise, jusqu’à l’époque moderne. Aujourd’hui ils sont une forte référence.

Les Grecs de l’Antiquité grecque si souvent enseignée et dont la société est érigée en modèle ne semblent pas avoir inventé très spontanément le baiser de salutation masculine et sociale. Il apparaît être un emprunt perse après les conquêtes d’Alexandre le Grand. Introduit, il se généralisa au point de devenir une sorte de caricature de salutations. Les Romains s’y adonnèrent avec la même allégresse, au point que son excès est considéré, au 1er siècle après J.-C. comme une gêne majeure de la vie sociale. Les « baiseurs  » sont des gêneurs. Nombre d’auteurs latins de cette époque impériale s’en plaignent et appellent à un assainissement des mœurs.

L’Antiquité grecque et latine laissera du baiser une autre connotation. Le baiser sur la bouche a été la faveur des échanges des amants de même sexe.

Xenophon, dans ses Mémorables rapporte un propos de Socrate, le fondateur de la Philosophie, où il met en garde ses interlocuteurs contre le danger du baiser d’un jeune et beau garçon, qu’il compare alors à celui d’une araignée vénéneuse, la tarentule. Ce baiser réduit l’aîné qui le reçoit en esclavage. Sous son emprise ce dernier perd toute volonté et sens critique. De nombreux auteurs chrétiens des premiers siècles de l’Eglise se référeront à cette relation pour mettre en place peu à peu un renoncement progressif à la « chair  », à la volupté, caractérisée comme un des égarements des sociétés païennes.

Platon ne verra pas dans le baiser d’un amant, même jeune et beau, un si grand danger. il conseille à maintes reprises la tempérance en toute chose et plus particulièrement dans la recherche des plaisirs érotiques. «  L’abus du plaisir trouble l’âme  » et contrevient aux exigences de la vertu.

Les rites du baiser entre hommes, marquant fortement l’égalité et la révérence sociales, restèrent très prisés. Ils survivront et seront pratiqués longtemps dans la France du Moyen Âge.

Le baiser moyenâgeux

¨Le Moyen Âge est une époque bénie pour les rituels et la ritualisation des gestes de la vie sociale. L’absence d’un droit dominant et « universel  », la place laissée encore aux violences sociales, la primauté de la religion encore disputée, notamment dans son rapport aux pouvoirs de toute sorte, l’église elle-même se définissant comme une entité féodale comme les autres, en concurrence vis à vis des autres, la valeur de l’individu encore engoncée dans le système de valeurs qui le fait sujet de Dieu comme de toute autorité séculière,… appellent le rituel qui s’impose comme pacification et reconnaissance de la vie sociale, tentative de pérenniser les équilibres difficilement acquis, etc… Plus tard, cet ensemble de codification des rites de la vie et de l’échange social s’appellera l’étiquette.

Le baiser connaîtra alors une série de traitements qui prépare sa version moderne.

Le baiser est de plus en plus marqué par les usages que l’on en fait dans la famille, au sens très élargi du terme. Entre parents, parents et enfants, même adultes. Tant entre hommes, entre femmes, qu’entre homme et femme.

Le baiser est de plus en plus une marque d’affection. Cette dernière irrigue la vie sociale bien au-delà de la famille et l’amitié.

Dans le roman « Lancelot du lac  », le baiser est courant entre la Reine et les chevaliers qui la servent ou entre amis lors de retrouvailles ou avant toute séparation. Une expression revient alors systématiquement : «  Alors fut….. accolé et baisé, et le Dieu de gloire loué et remercié.  »

Le baiser est pratiqué très systématiquement entre les membres de l’Eglise et plus particulièrement, en cette époque de développement de mouvements monastiques, entre moines et nonnes.

Le « baiser de paix  », qui ponctue des échanges du type que « paix soit avec vous  » ou encore « que Dieu vous bénisse  », est pratique systématique dans les églises, on baise du baiser de paix à l’accueil, on baise du baiser de paix lors des adieux : « Allez-en paix ! »; il délimite le lieu et le temps du culte des lieux de l’ici-bas et les autres temps de la vie sociale.

En revanche, il s’échange de moins en moins entre clercs et laïcs, surtout si le laïc est de l’autre sexe, surtout si le clerc reçoit l’hommage d’une femme, fût-elle d’un rang séculier qu’elle veut supérieur, Reine d’Angleterre, par exemple. L’église n’oublie pas la femme, même si elle est de rang royal et que le clerc lui doit hommage et allégeance.

Le Moyen Âge, époque de la chevalerie et de la mise en place de la féodalité, des liens de la vassalité, invente un rite par lequel un homme se soumet à un autre, réaffirme a « dépendance  » vis à vis d’un autre, qui est alors d’un rang supérieur. D’un côté, un homme reçoit d’un autre, le vassal, qui l’appelle « seigneur  », fidélité, don de sa personne (« aide  » militaire et pécuniaire en cas de guerre) et « conseil  », en échange d’une « protection et entretien  », c’est à dire des terres en fief pour percevoir les biens nécessaires à sa vie. Rien, sinon la mort, ne peut défaire ce lien.

Le rite a ainsi ses échanges de civilité féodale.

1°) Le futur vassal s’agenouille devant son seigneur qui lui a pris ses mains jointes dans les siennes : «  Veux-tu devenir mon homme lige sans réserve  », « je le veux  » répond le vassal, « alors tu seras mien  »rétorque le seigneur.

2°) Le seigneur fait relever le vassal et lui appose un baiser sur la bouche, puis ce dernier prête serment sur les évangiles

Le baiser a valeur de sceau et scelle un lien de fidélité et d’affection, « alliance et amour  ». Le baiser vassalique. Il rend égal car il est baiser « en nom de foi  ».

Il semble qu’il survive aujourd’hui dans le baiser de fiançailles ou de mariage, rituellement échangé sur le parvis de l’église ou de la mairie.

Ainsi, le baiser du moyen âge reste pour l’essentiel un baiser d’hommes, qui marque l’égalité des échangistes devant Dieu et les hommes, et corrige les inégalités de fait, de droit ou sociaux. Il se pratique entre gens d’une même institution (seigneurs, églises,…) et par son élitisme, il reflète l’importance des ordres de la société féodale. Il s’échange en public : il a besoin de témoin car il scelle une allégeance, un « hommage  ». Il est enfin ritualisé comme un acte religieux, il profite ainsi de la sacralisation de l’acte religieux qui marque l’alliance des hommes et de Dieu.

Le baiser est ritualisé et ainsi sacralisé car il est mélange des chairs en contact et « mélange des âmes  » car mélange des souffles. Il est « amour et paix  », affection et relation sociale qui ne recourt plus à la violence, il est l’expression de la cité des hommes qui s’inspire de la cité de Dieu.

Ce baiser d’union des seigneurs et des vassaux, le baiser « féodalo-vassalique  » sera l’apogée du baiser. Avec l’effritement de l’équlibre social et politique qu’il a permis, le baiser reculera pour être remis en cause en même temps que l’ordre social dont il est issu : l’Etat réapparaît avec la force de son droit et de ses moyens de coercition, Les Eglises s’opposent et jettent des anathèmes, l’intolérance devient le genre dominant au détriment de la concorde sociale qui avait dominé très longtemps avec le Moyen Âge.

Le contact des corps et des chairs devient suspect. On ne croit plus au mélange des âmes par le mélange des souffles.

Le baiser de la Renaissance.

La Renaissance du baiser.

Avec la Renaissance, le baiser quitte peu à peu la scène sociale et publique.

Le premier baiser à subir la nouvelle loi est le baiser des gens d’église. Le baiser de paix n’est plus directement échangé. Il est pratiqué à l’aide d’un instrument : une bague pour les évêques, une tablette niellée, l’osculatoire, ou encore la croix, un reliquaire, la nappe de l’autel, etc.,..

Le baiser d’hommage, entre hommes, est lui aussi en voie de disparition avec ce type de lien qui n’est plus nécessaire : tout le monde se soumet à l’Etat, à son incarnation, aux pouvoirs, les éléments qui vont permettre la naissance de la démocratie (nous sommes tous sujets d’une même autorité) rend obsolète le baiser d’hommage et de fidélité, « en nom de foi  ».)

Le baiser perd ainsi, avec son sens sacré et sa ritualisation d’un autre âge, tout rôle authentiquement social.

L’aire du baiser se rétrécit. Le baiser familial, bourgeois, devient par la force des choses dominant dès la Renaissance. Et encore, bien des baisers familiaux (entre cousins par exemple) seront regardés parfois avec circonspection.

Le baiser devient le geste des Amants.

Le baiser est alors baiser amoureux.

Le baiser de politesse est remplacé par une pratique anglaise : le shake-hand. En public, au pire des cas, on échangera des accolades.

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