Archives pour la catégorie Poésies

L’Idéal

Hôtes des jeunes cœurs, beaux enfants des Génies,
Allez jouer plus loin, allez sourire ailleurs !
Les cordes de ma voix n’ont plus pour harmonies
Que des tristesses et des pleurs.

Chers anges du matin éclos dans les rosées,
Nos lèvres d’homme, hélas! pour vous n’ont plus de miel ;
Et vos ailes d’azur, de larmes arrosées,
Ne nous porteraient plus au ciel.

Il faut aux cœurs saignants des anges plus austères,
Pâles, vêtus de deuil, voilés de demi-jour,
Et plongeant en silence au fond de nos mystères
Un rayon doux comme l’amour.

Ces fantômes du cœur ont des accents de femme ;
Sous de longs cheveux noirs ils dérobent leurs traits;
Ils vous disent tout bas, dans la langue de l’âme,
De tristes et divins secrets.

Nul ne connaît leur nom, nul n’a vu leur visage;
Ils s’attachent au cœur comme l’ombre à nos pas.
Est-ce un être réel ? est-ce un divin mirage
Du bonheur qu’on pressent là-bas ?

Qu’importe ? Ciel ou terre, ange ou femme, ombre ou rêve
Quelque nom qui te nomme, il est divin pour moi.
Que la terre l’ébauche et que le ciel l’achève
Le nom sublime qui dit, Toi !

Alphonse de LAMARTINE

La destruction

Sans cesse à mes côtés s’agite le Démon ;
Il nage autour de moi comme un air impalpable ;
Je l’avale et le sens qui brûle mon poumon
Et l’emplit d’un désir éternel et coupable.

Parfois il prend, sachant mon grand amour de l’Art,
La forme de la plus séduisante des femmes,
Et, sous de spécieux prétextes de cafard,
Accoutume ma lèvre à des philtres infâmes.

Il me conduit ainsi, loin du regard de Dieu,
Haletant et brisé de fatigue, au milieu
Des plaines de l’Ennui, profondes et désertes,

Et jette dans mes yeux pleins de confusion
Des vêtements souillés, des blessures ouvertes,
Et l’appareil sanglant de la Destruction !
Charles BAUDELAIRE (1821-1867)
(Recueil : Les fleurs du mal)

Espoir…

 

 

je cherche une ville si petite
que l’ennui ne pourrait y habiter

je cherche une maison si minuscule
que la tristesse ne pourrait s’y cacher

je cherche un logis si étroit
que l’angoisse ne pourrait y pénétrer

je cherche une chambre si basse
que la solitude ne pourrait s’y coucher

je cherche un regard si bleu
que ma peine pourrait s’y noyer

je cherche un sourire si doux
que je pourrais m’y loger

et je vais de ville en ville
et je frappe de porte en porte

partout d’où je viens
partout où je vais

on me dit d’aller plus loin
que là-bas je trouverai bien

Yves Brillon

Passion.

 

 

 

 

 

mon âme est comme une cascade
qui se livre à tous les vents
qui te chante la sérénade
avec les mots cueillis au fil du temps

ces mots me disent ton nom
sur tous les tons
ceux qui caressent
ceux qui blessent
ces mots crient la passion
celle qui me brûle
celle où tu bascules
celle qui de nous a raison

ces mots qui disent les jours à venir
de l’hiver jusqu’à l’été
qui disent les moments à souffrir
qui nous lieront pour l’éternité

nos vies se consument
l’une pour l’autre
de l’autre à l’une
parfois même elles se bousculent

au creux de ta main
j’ai déposé ma passion
sur elle ferme ton autre main
pour éviter son évasion

Yves Brillon.

Blotti comme un oiseau.

Blotti comme un oiseau frileux au fond du nid,
Les yeux sur ton profil, je songe à l’infini…

Immobile sur les coussins brodés, j’évoque
L’enchantement ancien, la radieuse époque,
Et les rêves au ciel de tes yeux verts baignés !

Et je revis, parmi les objets imprégnés
De ton parfum intime et cher, l’ancienne année
Celle qui flotte encor dans ta robe fanée…

Je t’aime ingénument. Je t’aime pour te voir.
Ta voix me sonne au coeur comme un chant dans le soir.
Et penché sur ton cou, doux comme les calices,
J’épuise goutte à goutte, en amères délices,
Pendant que mon soleil décroît à l’horizon
Le charme douloureux de l’arrière-saison.

Albert Samain.

12345...29

Les terres arides de l'isol... |
L'anatra littéraire |
Les amis d'Athéna |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CONCOURS LITTERAIRES 17
| Dans l'ombre des étoiles
| Solédane dans ses rêves et ...