Archives pour la catégorie Poésies

Une lettre de femme.

Les femmes, je le sais, ne doivent pas écrire ;
J’écris pourtant,
Afin que dans mon coeur au loin tu puisses lire
Comme en partant.

Je ne tracerai rien qui ne soit dans toi-même
Beaucoup plus beau :
Mais le mot cent fois dit, venant de ce qu’on aime,
Semble nouveau.

Qu’il te porte au bonheur ! Moi, je reste à l’attendre,
Bien que, là-bas,
Je sens que je m’en vais, pour voir et pour entendre
Errer tes pas.

Ne te détourne point s’il passe une hirondelle
Par le chemin,
Car je crois que c’est moi qui passerai, fidèle,
Toucher ta main.

Tu t’en vas, tout s’en va ! Tout se met en voyage,
Lumière et fleurs,
Le bel été te suit, me laissant à l’orage,
Lourde de pleurs.

Mais si l’on ne vit plus que d’espoir et d’alarmes,
Cessant de voir,
Partageons pour le mieux : moi, je retiens les larmes,
Garde l’espoir.

Non, je ne voudrais pas, tant je te suis unie,
Te voir souffrir :
Souhaiter la douleur à sa moitié bénie,
C’est se haïr.

Marceline Desbordes-Valmore.

Je t’aime, loin de toi …

Je t’aime, – loin de toi ma pensée obstinée,
Et, par l’instinct d’amour à l’amour ramenée,
Revient vers toi, voltige alentour de ton cou,
De tes yeux, de tes seins, comme un papillon fou,
Et, grise de tourner dans ton cercle de femme,
Reste des jours entiers sans rentrer dans mon âme…

Je t’aime, et, malgré moi, je m’en vais par les rues
Où flotte un souvenir des choses disparues,
Où je sens, pénétré d’amère volupté,
Qu’encore un peu de toi dans l’air tendre est resté,
Où ton passage embaume encor, où je respire
Je ne sais quoi qui garde encor de ton sourire.

Mon coeur est tout pareil à ces matins voilés
D’automne où le soleil des beaux jours en allés,
Vaporeux à travers le ciel mélancolique,
Épanche une langueur de lumière angélique…

Ainsi mon coeur. Ah ! Si, comme aux soirs de jadis,
Tu plongeais dans mes yeux tes yeux de paradis,
Va, tu n’y trouverais nul grand air ridicule
Mais de l’amour, mais un amour de crépuscule
Pâle et voilé, couché sur un cher souvenir,
Qu’enivre, tristement, la douceur de mourir.

Albert Samain.

Si quelqu’un veut savoir qui me lie et enflamme.

Si quelqu’un veut savoir qui me lie et enflamme,
Qui esclave a rendu ma franche liberté,
Et qui m’a asservi, c’est l’exquise beauté,
D’une que jour et nuit j’invoque et je réclame.

C’est Le feu, c’est Le noeud, qui lie ainsi mon âme,
Qui embrase mon coeur, et le tient garotté
D’un lien si serré de ferme loyauté,
Qu’il ne sauroit aimer ni servir autre Dame.

Voilà le Feu, le Noeud, qui me brûle, et étreint :
Voilà ce qui si fort à aimer me contraint
Celle à qui j’ai voué amitié éternelle,

Telle que ni le temps ni la mort ne sauroit
Consommer ni dissoudre un lien si étroit
De la sainte union de mon amour fidèle.

Etienne Jodelle.

Quand je t’aimais…

Quand je t’aimais, pour toi j’aurais donné ma vie,

Mais c’est toi, de t’aimer, toi qui m’ôtas l’envie.

A tes pièges d’un jour on ne me prendra plus ;

Tes ris sont maintenant et tes pleurs superflus.

Ainsi, lorsqu’à l’enfant la vieille salle obscure

Fait peur, il va tout nu décrocher quelque armure ;

Il s’enferme, il revient tout palpitant d’effroi

Dans sa chambre bien chaude et dans son lit bien froid.

Et puis, lorsqu’au matin le jour vient à paraître,

Il trouve son fantôme aux plis de sa fenêtre,

Voit son arme inutile, il rit et, triomphant,

S’écrie : « Oh ! que j’ai peur ! oh ! que je suis enfant ! »

Alfred de Musset.

Je t’aime.

Je t’aime pour toutes les femmes que je n’ai pas connues,
Je t’aime pour tous les temps où je n’ai pas vécu,
Pour l’odeur du grand large et l’odeur du pain chaud,
Pour la neige qui fond, pour les premières fleurs,
Pour les animaux purs que l’homme n’éffraie pas,
Je t’aime pour aimer,
Je t’aime pour toutes les femmes que je n’aime pas.

Qui me reflète, sinon toi-même ? Je me vois si peu !
Sans toi je ne vois rien qu’une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd’hui
Il y a eu toutes ces morts que j’ai franchies sur de la paille
Je n’ai pas pu percer le mur de mon miroir,
Il m’a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublie !

Je t’aime pour ta sagesse qui n’est pas la mienne,
Pour la santé,
Je t’aime contre tout ce qui n’est qu’illusion
Pour ce coeur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n’es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi.

Poème de Paul Eluard.
(1895-1952)
Recueil: Le phénix.

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