Archives pour la catégorie Poésies

JALOUSIE.

Je suis jaloux. Tu es là-bas, à la campagne,
et moi je suis là, tout seul, à présent!
Des parents, je sais, t’accompagnent
qui ne sont pas très amusants.
Mais je suis jaloux tout de même,
jaloux de te savoir là-bas par ce printemps.
Tout ce bleu doit te faire oublier que tu m’aimes…
Moi je pense à toi tout le temps!
J’ai l’âme ivre et comme défaite.
Je pleure d’amour et d’ennui.
Ton image est là, dans ma tête:
tu es joliment bien, petite âme, aujourd’hui!
Je suis jaloux, quoi que je fasse ou que je veuille.
Il fait tiède et doux dans Paris!
C’est adorable! Et moi je rage et je t’écris,
à toi, à toi, petit chéri,
qui est là-bas, où sont les feuilles…
Tu dois avoir ton grand chapeau
de paille blonde et de glycines
qui met des petits ronds de soleil sur ta peau.
Tu dois bien m’oublier! Et moi je te devine
jolie, heureuse… Il fait si beau!
Ah! je pleurerai de colère!
Il a plu pendant tout un mois:
il faut qu’on t’écarte de moi
quand tu m’es le plus nécessaire!
Je ne t’ai jamais tant aimée qu’en ce moment.
Cet air tiède et doux m’exaspère
qui pénètre l’appartement.
Je t’en veux, je souffre et souhaite
que là-bas tu souffres autant.
Ce n’est pas très gentil, bien sûr! C’est un peu bête.
Mais, que veux-tu? je t’aime tant!
Je voudrais que tu me regrettes
au point de haïr ce printemps…
Je serai même très content
s’il te faisait un peu mal a la tête.

Paul GERALDY.

HABITUDE.

Tu veux savoir pourquoi, sans cause,
je fais ce soir mes yeux mauvais…
Je pense à d’anciennes choses,
à des robes que tu avais…

J’ai beau chercher, je ne vois point
en nous de changements notables.
A peine y a-t-il un peu moins
de fleurs aujourd’hui sur nos tables…

Pourtant, pourtant, je me souviens
d’un autre temps, d’une autre flamme…
Il me semble que tu deviens
une femme comme les femmes.

Paul GERALDY.

Poème de l’amour.

XXVI

Matin, j’ai tout aimé, et j’ai tout trop aimé;
À l’heure où les humains vous demandent la force
Pour aborder la vie accommodante ou torse,
Rendez mon cœur pesant, calme et demi-fermé.

Les humains au réveil ont besoin qu’on les hèle,
Mais mon esprit aigu n’a connu que l’excès;
Je serais tel qu’eux tous, Matin ! s’il vous plaisait
De laisser quelquefois se reposer mon zèle.

C’est par mon étendue et mon élan sans frein
Que mon être, cherchant ses frères, les dépasse,
Et que je suis toujours montante dans l’espace
Comme le cri du coq et l’ouragan marin !

L’univers chaque jour fit appel à ma vie,
J’ai répondu sans cesse à son désir puissant
Mais faites qu’en ce jour candide et fleurissant
Je demeure sans vœux, sans voix et sans envie.

Atténuez le feu qui trouble ma raison,
Que ma sagesse seule agisse sur mon cœur,
Et que je ne sois plus cet éternel vainqueur
Qui, marchant le premier, sans prudence et sans peur,
Loin des chemins tracés, des labours, des maisons,
Semble un dieu délaissé, debout sur l’horizon…
XXVII

Je possédais tout, mais je t’aime
Mon être est par moi déserté;
Je vis distante de moi-même,
Implorant ce que j’ai été :

Songe à cette mendicité !

Est-ce ta voix ou ton silence,
Ou bien ces indulgents débats
Où, répétant ce que tu penses,
Je t’induis en tes préférences
Afin de suivre tous tes pas,
Qui me font, avec confiance,
Affirmer notre ressemblance,

Ô toi que je ne connais pas ?…

XXVIII

On m’a parlé ce soir des villes savoureuses
Qui sur les mers du Sud rêvent indolemment,
Répandant leur odeur de rose et de piment,
Sans connaître leur prix, sans se savoir heureuses !

Tu ressembles souvent, dans ton charme attristé,
À l’ignorant bonheur de ces rêveuses villes,
Toi qui fais émaner la chaude volupté
De ton être évasif, distrait, triste et tranquille…
XXIX

L’automne a lentement mouillé les paysages;
Son humide tristesse en mon cœur s’insinue.
La nature, pourtant, ne peut me sembler nue.
Puisque en elle, au lointain, respire ton visage.

Je reproche à mes yeux de se sentir déçus
Par la légère pluie enserrant l’univers.
Mais l’été fut plaintif. Bientôt voici l’hiver.
Et je me sens mourir, car je n’ai pas reçu
Les seuls dons que mon cœur hanté se représente:
Mon épaule meurtrie, et ta tête, pesante…
XXX

Ce n’est pas lorsque tu semblais
Indifférent, distrait et morne,
Que mon âme se dépeuplait
De sa ténacité sans borne.

— Mais parfois plus doux, plus aimant,
Riant, reprenant confiance
Et me regardant clairement,
Tu me tuais par l’espérance…

 Anna de Noailles

Le nom.

Chacun donne à celle qu’ il aime
les plus beaux noms et les plus doux ;
pour moi, c’ est ton nom de baptême
que je préfère encore à tous.
Simple et tendre à dire, il me semble
pour te désigner le seul bon,
et toutes les douceurs ensemble,
je te les murmure en ce nom.
La mélodie en est divine ;
tu sais le contre-coup soudain
qu’ on sent au creux de la poitrine
quand la main rencontre la main ;
hé bien ! Je sens, quand il résonne
au milieu d’ un monde étranger,
comme au toucher de ta personne,
cet étouffement passager.
Toute autre femme qui le signe
l’ usurpe à mes yeux, et pourtant,
si peu qu’ elle m’ en semble digne,
elle m’ attire en le portant ;
pour moi ton image s’ y lie
et prête son reflet trompeur
à ton homonyme embellie ;
je crois l’ aimer, mais sois sans peur :
je ne pourrais t’ être infidèle
avec des femmes de ce nom,
car ta grâce en mon coeur s’ y mêle,
grâce inséparable d’ un son ;
et quel autre nom de maîtresse
effacerait ce mot vivant
dont la musique enchanteresse
me fait redevenir enfant ?
Comme les passereaux accourent
à l’ appel câlin du charmeur,
à ce nom bien-aimé m’ entourent
mes premiers rêves de bonheur ;
et dans l’ âge où l’ amour se sèvre,
en deuil des printemps révolus,
j’ aurai sa caresse à la lèvre
quand les baisers n’ y seront plus.

Sully PRUDHOMME

Parle-moi ! Que ta voix me touche ! …

Parle-moi ! Que ta voix me touche !
Chaque parole sur ta bouche
Est un écho mélodieux !
Quand ta voix meurt dans mon oreille,
Mon âme résonne et s’éveille,
Comme un temple à la voix des dieux !

Un souffle, un mot, puis un silence,
C’est assez : mon âme devance
Le sens interrompu des mots,
Et comprend ta voix fugitive,
Comme le gazon de la rive
Comprend le murmure des flots.

Un son qui sur ta bouche expire,
Une plainte, un demi-sourire,
Mon cœur entend tout sans effort :
Tel, en passant par une lyre,
Le souffle même du zéphyre
Devient un ravissant accord !

Alphonse de LAMARTINE

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